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Utiliser les médias sociaux pour diffuser les résultats de recherche

Christine Chambers de la Dalhousie University explique comment elle se sert des médias sociaux pour aider les parents à soulager la douleur de leurs enfants
Le 30 septembre 2015

Par Malorie Bertrand

Le 21 septembre dernier, Christine Chambers, psychologue clinicienne et professeure à la Dalhousie University, à Halifax, a lancé une campagne en ligne intitulée It doesn’t have to hurt [Pas nécessaire d’avoir mal] (#itdoesnthavetohurt). Organisée en partenariat avec le populaire blogue parental YummyMummyClub.ca, la campagne se sert des médias sociaux pour communiquer aux parents les résultats de la chercheuse fondés sur les données probantes concernant la prise en charge de la douleur. Les travaux de Christine Chambers au Centre for Pediatric Pain Research – financés en partie par la Fondation canadienne pour l’innovation – portent sur les influences psychologiques, sociales et développementales de la douleur chez l’enfant. 

FCI : Comment est née l’idée de cette campagne?

Christine Chambers : Mon expérience comme nouveau parent m’a fait prendre conscience que toutes les excellentes recherches qui existent sur les façons de soulager la douleur des enfants ne se rendent pas jusqu’aux parents. À l’heure actuelle, il faut 17 ans pour que les résultats de recherche se traduisent par des améliorations des soins cliniques.   

En novembre 2013, j’ai produit et lancé une vidéo sur YouTube en collaboration avec le Centre for Pediatric Pain Research pour donner aux parents des conseils sur la façon d’aider leurs enfants à supporter la douleur causée par les aiguilles. Nous voulions voir si la diffusion de nos résultats de recherche au moyen des médias sociaux permettrait de mieux informer les parents. Jusqu’à maintenant, la vidéo a enregistré 145 000 visionnements dans plus de 120 pays.

Le succès de la vidéo nous a amenés à lancer une vaste campagne dans les médias sociaux pour mieux faire connaître nos travaux et favoriser le dialogue entre mon équipe et les parents. Cette fois, j’ai décidé de faire appel à un partenaire, le YummyMummyClub.ca, qui a déjà des méthodes établies de joindre les parents et de les mobiliser. La campagne, qui a démarré le 21 septembre à Halifax avec un débat d’experts, comprendra des blogues, des vidéos et un mot-clic : #itdoesnthavetohurt.

FCI : Pourquoi votre équipe et vous avez-vous choisi les médias sociaux pour promouvoir cette campagne?

Christine Chambers : Les médias sociaux se sont imposés d’eux-mêmes. Comme parent, je les utilise constamment pour trouver de l’information et du soutien sur des questions liées à mes enfants. Et puis, c’est gratuit! Pour les chercheurs qui travaillent dans un milieu où les ressources sont limitées, c’est une manière efficace de transmettre l’information. De plus, toutes les personnes qui ont accès à Internet peuvent prendre connaissance de ces renseignements. Selon moi, le public devrait avoir un accès facile et gratuit aux données de la recherche en santé – on ne devrait pas exiger des frais pour cette information ni la vendre dans des livres.

FCI : Comment saurez-vous si votre campagne a eu des retombées?

Christine Chambers : Notre plus grand défi consiste à déterminer si cette approche a des effets bénéfiques sur la prise en charge et la prévention de la douleur chez l’enfant.

FCI : De quelle manière allez-vous procéder?

Christine Chambers : Nous allons sonder et interroger les parents avant et après la campagne de douze mois pour savoir s’ils ont amélioré leur connaissance et leur utilisation des méthodes éprouvées de prise en charge de la douleur chez leurs enfants. À la fin du projet, nous allons dresser le profil de quelques familles qui ont utilisé les renseignements de la campagne et examiner quelles ont été les répercussions sur les parents et leurs enfants.

FCI : Pourquoi cette campagne vous tient-elle à cœur?

Christine Chambers : Cette campagne répond à la raison première pour laquelle je me suis orientée vers la recherche sur la santé infantile – la possibilité d’avoir un effet positif sur la vie des enfants et de leur famille. Je ne suis pas devenue chercheuse simplement pour publier des articles dans des revues et présenter les résultats de mes travaux dans des congrès sans que cela change quoi que ce soit. La campagne m’a fait découvrir un aspect de la recherche entièrement nouveau et passionnant. J’ai pu voir comment les médias sociaux et les partenariats comme celui que nous avons créé avec YummyMummyClub.ca peuvent servir à communiquer plus efficacement les résultats de recherche au public. J’espère que, grâce à cette campagne, la population aura accès aux renseignements dont elle a besoin et qu’elle pourra les utiliser.

FCI : Il s’agit d’une approche très novatrice pour un chercheur. Vous êtes-vous heurté à des obstacles?

Christine Chambers : En ce moment, notre plus grand défi, c’est d’arriver à bien faire les choses avec peu de ressources. Ma principale préoccupation est la qualité des volets portant sur la recherche et l’évaluation de ce projet. Une autre difficulté est la stigmatisation qui entoure l’utilisation des médias sociaux dans le milieu universitaire traditionnel, souvent perçue comme une bêtise ou une perte de temps. Mon utilisation des médias sociaux et l’importance grandissante que j’accorde à celle-ci dans mes recherches sont encore mal vues. Mais j’ai constaté un virage au cours de la dernière année quand des revues scientifiques sérieuses comme Nature et Cell ont commencé à publier des articles sur le rôle des médias sociaux en science.

FCI : Avez-vous eu des surprises agréables?

Christine Chambers : J’ai été surprise de voir à quel point les partenaires externes, les entreprises et le grand public comprennent le but de cette démarche et veulent y participer. Quand on leur dit qu’il faut en moyenne 17 ans pour que des recherches soient mises en pratique et que seul un faible pourcentage de ces travaux a une véritable incidence sur les soins de santé, les gens sont stupéfaits. Les avantages réels qu’ils tirent de la recherche sur la santé sont souvent beaucoup moins grands qu’ils ne le pensent. Le public veut avoir accès à des résultats de recherche de grande qualité sur la santé, et je pense que les médias sociaux sont perçus comme une source d’information pratique.

FCI : Quels conseils donneriez-vous aux chercheurs qui souhaitent mieux diffuser leurs travaux ou les enrichir grâce aux médias sociaux?

Christine Chambers : Il faut miser sur la force des partenariats. Comme chercheurs, notre champ d’action est limité et la communication des résultats ou l’utilisation des médias sociaux pour diffuser de l’information peut rapidement devenir une activité dévoreuse de temps. Je ne recommande pas à chaque chercheur d’ouvrir un compte Twitter ou Facebook. Il s’agit d’un gros engagement, et ce n’est pas en ayant 13 abonnés que vous ferez la promotion de vos travaux. Tournez-vous plutôt vers votre établissement ou d’autres groupes pour voir s’ils peuvent vous aider à diffuser les messages importants à propos de vos recherches, comme je le fais avec YummyMummyClub.ca et les autres organismes formidables qui appuient ce projet.