Denis Diderot (1713-1784)
Denis Diderot était le plus connu des Encyclopédistes français. Éduqué par les Jésuites, il fut renvoyé par son père suite à son refus d'exercer une profession libérale et partit pour Paris où il connut pendant un certain temps des moments difficiles. Pourtant, petit à petit, il se fit connaître comme l'un des écrivains les plus influents de son époque. Sa première oeuvre indépendante fut l'Essai sur le mérite et la vertu (1745). Sa participation à l'édition du Dictionnaire de médecine (6 vol., Paris, 1746) lui fournit une expérience précieuse dans la connaissance du système encyclopédique. Ses Pensées philosophiques (La Haye, 1746) qui attaquaient à la fois l'athéisme et le christianisme classique, furent brûlées sur l'ordre du Parlement de Paris.

Dans le milieu des philosophes des Lumières, le nom de Diderot est devenu célèbre particulièrement pour sa Lettre sur les aveugles (Londres, 1749) qui soutenait la théorie de la connaissance de Locke. Après son attaque de la morale conventionnelle du jour (et peut-être aussi à cause d'une allusion faite à la maîtresse d'un ministre) il fut emprisonné à Vincennes pendant trois mois. Libéré grâce à l'intervention de Madame du Châtelet, amie de Voltaire, il nourrit une relation étroite avec les principaux défenseurs de la pensée révolutionnaire. Comme il avait très peu bénéficié financièrement de l'Encyclopédie, Grimm sollicita pour lui l'aide de Catherine de Russie, qui, en 1765, lui acheta sa bibliothèque, lui en laissant la jouissance sa vie durant et lui accordant un salaire annuel sur lequel elle lui versa, un peu plus tard, une avance de cinquante ans.

En 1773, elle le convoqua avec Grimm à St Petersbourg pour discuter avec lui en personne. À son retour, il vécut jusqu'à sa mort dans une maison qu'elle lui avait fournie, plus ou moins à la retraite sauf un travail inlassable dans l'intérêt de son parti, écrivant (selon Grimm) les deux tiers de la célèbre Histoire philosophique de Raynal et contribuant quelques-unes des pages les plus emphatiques à des oeuvres telles que De l'esprit d'Helvetius, Système de la nature, Système social et La morale universelle d'Holbach. Ses nombreux écrits couvrent une grande diversité de styles littéraires, depuis les comédies et les contes les plus facétieux et licencieux qui se départissaient du style classique rigide de la tragédie française et ont fortement influencé Lessing, jusqu'aux spéculations éthiques et métaphysiques les plus osées. Tout comme son célèbre contemporain Samuel Johnson, il est réputé avoir été plus efficace en tant qu'orateur qu'en tant qu'écrivain; et plus adapté intellectuellement au rôle de motivateur qu'à celui de philosophe rationel. Ses convictions évoluèrent graduellement du théisme au déisme, puis au matérialisme pour le mener finalement au sensualisme panthéiste. Selon la formule de Sainte-Beuve, il était « le premier grand écrivain à appartenir pleinement et entièrement à la société démocratique moderne », et ses attaques du système politique français contribuèrent aux arguments les plus convaincants en faveur de la Révolution.