|
Lorsque je terminais mes études de premier
et de deuxième cycles en chimie à lUniversité
du Manitoba, jétais fasciné par des expériences
qui utilisaient des mesures spectroscopiques pour caractériser
ou déterminer la structure atomique et électronique
des composés chimiques. J'étais particulièrement
intéressé par la théorie de la
spectroscopie bien que je n'avais que peu de connaissances théoriques
sur le sujet.
En 1963, lorsque je cherchais un thème et une institution
pour préparer mon doctorat, je suis tombé sur le premier
livre écrit sur une nouvelle forme de spectroscopie appelée
« la spectroscopie Mössbauer » du nom
de Rudolph
Mössbauer, physicien allemand qui la découverte
par hasard en 1957 et qui a ensuite obtenu le Prix Nobel de physique.
J'étais séduit.
Depuis ce moment-là, je me suis intéressé surtout
à cette nouvelle spectroscopie qui utilisait des rayons gamma
émis par des sources radioactives telles que le 57Co
(le cobalt) ou le 119Sn
(létain). Une bourse de la société Shell
ma permis détudier à lUniversité
de Cambridge. Là-bas, jai pris contact avec un vieil
ami, Ian Smith (qui avait commencé son doctorat à
Cambridge en 1962) pour lui demander s'il était possible
d'entreprendre un projet de recherche à Cambridge. Il a découvert
quun radiochimiste du département de chimie, le Dr
A.G. Maddock, offrait un poste. Comme par hasard, il projetait de
construire un spectromètre Mössbauer. Il me semblait
que jétais tombé au bon endroit au bon moment.
Cest en octobre 1964 que le Dr
Maddock ma accueilli dans son groupe de recherche. Au cours
de ma première semaine à Cambridge, il a griffonné
au verso dune enveloppe ce quil considérait être
les éléments importants de son nouveau spectromètre
Mössbauer. Javais reçu ma première mission.
Heureusement pour moi, et avec beaucoup daide de latelier
électronique du département de chimie, jai réussi
à faire fonctionner un spectromètre automatique au
bout de six mois. Étant donné quil sagissait
dune nouvelle technique, plusieurs chimistes et minéralogistes
se sont très vite intéressés à caractériser
des produits chimiques et des minéraux ferrifères
au moyen de cette spectroscopie. Cétait le début
d'une série de collaborations très fructueuses.
C'est exactement ce type de recherche collégiale qui a initié
une stratégie précieuse que j'applique encore aujourdhui :
cest-à-dire, une recherche collaborative reliant plusieurs
domaines scientifiques différents, utilisant à la
fois des composants très élémentaires (y compris
la simple théorie) et des composants appliqués. Par
exemple, dans le cas de toute nouvelle spectroscopie, il est possible
de développer la méthode spectroscopique par
la découverte de nouveaux phénomènes et lélaboration
de simples théories pour expliquer et prévoir à
la fois les nouvelles caractéristiques (les pics) et les
caractéristiques déjà connues. Une bonne compréhension
de la spectroscopie permet ensuite de mieux comprendre des domaines
de recherche fondamentale et appliquée. Jai toujours
été convaincu quil était possible de
faire de la recherche exceptionnelle à la fois fondamentale
et appliquée et que lune fait progresser lautre.
Après mon séjour à Cambridge, je suis retourné
au Canada en 1970 pour travailler à lUniversité
de Western Ontario (UWO) où jai mis sur pied un programme
actif de spectroscopie appliquée à la chimie et à
la minéralogie. Mais de nouveaux défis m'attendaient.
Je voulais entreprendre des recherches sur une autre nouvelle forme
de spectroscopie, la spectroscopie photoélectronique, technique
développée au cours des années 1960 en grande
partie par des groupes de lUniversité Uppsala en Suède
et de lUniversité Oxford en Angleterre.
Grâce à lappui du Conseil national de recherches
du Canada (CNRC) et du département de chimie de lUWO
(en collaboration avec des groupes de recherche des Universités
de Toronto et de Windsor qui faisaient partie dun consortium
basé dans le Sud de lOntario), jai pu acheter,
en 1972, un spectromètre photoélectronique qui permettait
de faire des recherches en employant des photons ultraviolets lointains
et des photons de rayons X. Cet instrument tout nouveau a rendu
possible un vaste programme de recherche, soutenu par plusieurs
acieries, qui comprenait lobservation et la caractérisation
dun nouvel effet spectral (la coupure du champ ligand), létablissement
de lordre des orbitales moléculaires dans les molécules
organiques et organométalliques, labsorption de métaux
par des minéraux et lapplication industrielle de la
technologie des surfaces.
Vers un synchrotron canadien
Entre 1973 et 1974, Bill McGowan, directeur du Centre for Chemical
Physics à lUniversité de Western Ontario, a
été le premier à proposer létablissement
dune installation de rayonnement synchrotron au Canada. Le
rayonnement ou la lumière synchrotron est produit lorsque
des électrons de grande énergie sont diffractés
dans un champs magnétique. Il s'agit d'une source de rayonnement
intense et focalisée occupant plus de la moitié du
spectrum électromagnétique à partir de linfrarouge
lointain à travers linfrarouge, jusqu'au rayonnement
ultraviolet et visible (UV), puis la région des rayons X
à faible énergie et des rayons X durs.
Quelle était la fascination du rayonnement synchrotron? Il
était évident que je pouvais réaliser de meilleures
expériences en spectroscopie photoélectronique grâce
à celui-ci quavec dautres sources de rayonnement
en laboratoire. Jai pu mener des expériences préliminaires
en 1975 au petit Tantalus Laboratory à lUniversité
du Wisconsin près de Madison (Wisconsin), suivi par un congé
sabbatique de six mois passé là-bas. Même sil
sagissait dun petit synchrotron à faible énergie,
j'ai compris les possibilités qu'offrait le rayonnement synchrotron
pour la recherche dans beaucoup de domaines.
En 1979, grâce à lappui financier du Conseil
de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG)
et du CNRC ainsi qu'au soutien important de lUniversité
de Western Ontario, jai réussi à établir
une source de faisceaux de rayons X à faible énergie
au synchrotron Tantalus (et plus tard au synchrotron Aladdin) à
lUniversité du Wisconsin. La fondation du Centre de
rayonnement synchrotron du Canada (CRSC) était ainsi créée.
Grâce au financement supplémentaire de Materials and
Manufacturing Ontario et du CRSNG, le CRSC dispose à lheure
actuelle de trois sources de faisceaux de rayons X à faible
énergie (qui sétendent de 20 eV jusquà
4 000 eV). Au cours de la dernière décennie, le Centre
a publié environ 40 publications critiquées par an
soumises par un groupe dutilisateurs divers, mais surtout
représentant les domaines de la chimie, de la géologie
et de la physique.
Jai passé les 22 dernières années à
utiliser le rayonnement synchrotron des régions du rayonnement
ultraviolet lointain ainsi que des rayons X à faible énergie
dans beaucoup de domaines différents de recherche fondamentale
et appliquée. Beaucoup détudiants des deuxième
et troisième cycles, ainsi que de boursiers post-doctoraux
et de chercheurs scientifiques ont parcouru régulièrement
les 10 heures de route entre London (Ontario) et Madison pour faire
des recherches au CRSC, travaillant souvent des journées
de 20 heures sur une période de deux ou trois semaines. En
employant des techniques telles que la spectroscopie photoélectronique,
la spectroscopie Auger ainsi que la spectroscopie dabsorption
atomique, ils ont réussi des expériences dans des
domaines aussi divers que la chimie, la physique, la géologie
et la tribologie. Renseignements
complémentaires.
Plus de 150 mémoires de recherche et plusieurs critiques
importantes au sujet de cette recherche ont été publiés
dans des journaux internationaux au cours des 20 dernières
années sur la chimie, la physique, la géologie et
le génie. Jaimerais remercier tout particulièrement
la direction du Synchrotron Radiation Center (SRC) à Madison
(Wisconsin) de nous avoir permis de construire des sources de faisceaux
au SRC (souvent avec laide précieuse de ses employés)
et dutiliser les faisceaux synchrotron à titre gratuit
pendant plus de 20 ans. Ceci représente un geste incroyable
de collégialité internationale. Il faut reconnaître
également le travail impressionant fait au cours des années
par les employés de lUniversité de Western Ontario
basés en permanence au Centre de rayonnement synchrotron
du Canada (Kim Tan, Brian Yates, B.X. Yang, X.H. Feng, Emil Hallin,
Greg Retzlaff et Y.F. Hu). Ils ont été au cur
du succès du CRSC.
Suite à létablissement de lInstitut canadien
du rayonnement synchrotron (ICRS) en 1990, toute la communauté
scientifique sest réunie pour demander le financement
dune installation de rayonnement synchrotron nationale. Grâce
aux efforts énormes de plusieurs individus, (surtout Dennis
Skopik, George Ivany, Dennis Johnson et leur équipe de lUniversité
de la Saskatchewan), il a été annoncé le 31
mars 1999 que la Fondation canadienne pour linnovation financerait
56,4 millions de dollars ou 40 % du coût total du projet
de la Canadian Light Source (CLS) à lUniversité
de la Saskatchewan. À lépoque, le communiqué
de presse a signalé que « la CLS représente
un niveau de collaboration sans précédent entre les
gouvernements, les universités et lindustrie au Canada ».
En plus de lUniversité de la Saskatchewan, dix-huit
autres universités canadiennes représentant 300 utilisateurs
(à lépoque) de rayonnement synchrotron au Canada
ont soutenu le projet CLS. Après avoir fait la promotion
du rayonnement synchrotron et dun synchrotron canadien pendant
25 ans, jétais ravi de savoir que la construction dune
installation allait enfin se réaliser.
La Canadian Light Source la source
spectroscopique la plus polyvalente
La Canadian Light Source représente le plus grand projet
scientifique au Canada du point de vue du coût et de
lenvergure depuis au moins 30 ans. CLS Inc. (CLSI),
dont lUniversité de la Saskatchewan est le seul propriétaire,
a été incorporée comme société
sans but lucratif pour réaliser des mandats nationaux dans
les domaines de la recherche et du développement synchrotron.
En partie à cause de la planification stratégique
de lUniversité de la Saskatchewan ainsi que leffort
énorme du personnel dévoué de la CLS et de
beaucoup dutilisateurs académiques, le progrès
réalisé au cours des trois dernières années
a été vraiment remarquable. Le 26 février 2001,
le nouvel établissement immense (d'une superficie de 84 x
83 mètres et d'une hauteur de 20 mètres au milieu)
a ouvert ses portes, à la date prévue et dans les
limites du budget. Visiter
le site Web et la galérie des photos de la CLS.
À la CLS, lanneau de stockage et au moins six sources
de faisceaux seront opérationnelles vers 2004. Plusieurs
projets sont déjà planifiés et chacune des
sources de faisceaux sera dotée dun but important et
unique. Renseignements
complémentaires sur les projets et les méthodes de
recherche de la CLS.
En plus des projets de recherche actuels et en cours de développement
à la CLS, certains groupes se sont établis pour mettre
en uvre une recherche médicale unique qui pourrait,
un jour, avoir un impact important sur notre capacité de
diagnostiquer et de traiter des maladies. Par exemple, une source
de faisceaux dimagerie et de recherche médicale ainsi
quune source de faisceaux de systèmes mécaniques
microélectriques (ou MEMS en anglais) combiné avec
une source de faisceaux lithographique sont à létude.
Au cours des ateliers tenus à Saskatoon, le Pr
J. Chikawa de Spring-8 au Japon et le Pr
W. Thomlinson de lIERS à Grenoble en France ont présenté
des améliorations remarquables dans les techniques dimagerie
utilisées dans les domaines de langiographie, de la
mammographie et de la bronchiographie. Les deux dernières
techniques se montrent prometteuses pour la détection précoce
du cancer du sein et du poumon.
À l'horizon 2015, nous projetons que linstallation
CLS bien rodée sera équipée de 25 à
30 sources de faisceaux. Un jour une centaine de scientifiques,
de presque toutes les disciplines et venus du monde entier, travailleront
en collaboration sur le site de la CLS; on sattend à
ce que linstallation accueille environ 2 000 utilisateurs
par an. Lorsque jobserve tous ces développements, je
ressens une satisfaction énorme sachant que non seulement
la recherche interdisciplinaire effectuée à la CLS
mènera à des recherches fondamentales et industrielles
importantes avec des applications industrielles significatives,
mais aussi quelle témoignera de l'importance du travail
coopératif et déquipe qui permet datteindre
des buts extraordinaires. C'est cela la leçon que jai
apprise à lUniversité de Cambridge il y a 40
ans.
Haut
|