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tête@tête avec Bif Naked

La célèbre rockeuse de Vancouver nous dit comment des chercheurs de l'Université de la Colombie-Britannique l'ont aidée à gagner le combat contre le cancer du sein
Le 7 octobre 2009
Auteure-compositrice-interprète et survivante du cancer, Bif Naked.

Tim Harmon

Ces dernières années, la vie de Bif Naked a été en montagnes russes. Après la tournée de deux ans et les émissions de télévision qui ont suivi la sortie de son album Superbeautifulmonster, en 2005, l’auteure-compositrice-interprète de rock alternatif de Vancouver – de son véritable nom Beth Walker – a fait la connaissance du rédacteur sportif Ian Walke ; huit mois plus tard, en 2007, elle l’épousait. Mais moins d’une semaine après la lune de miel, elle se découvrait une bosse à un sein. Deux semaines plus tard, elle subissait une tumorectomie. Et, 15 jours après, elle entreprenait une chimiothérapie.

Quand la secrétaire d’un médecin lui a parlé de CARE (Combined Aerobics and Resistance Exercise), un essai mené par l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), elle s’est immédiatement inscrite. Les chercheurs de la School of Human Kinetics de l’UBC étudiaient les effets de l’exercice sur la vie de personnes atteintes d’un cancer du sein et suivant une chimiothérapie. Alors que la médecine conventionnelle conseille aux patients de ménager leurs forces durant le traitement, l’essai CARE adopte une philosophie diamétralement opposée. La rockeuse estime que c’est grâce à CARE et à un programme spécifique d’entraînement au gym, où elle pouvait « laisser tomber la perruque », qu’elle est arrivée à passer à travers la période difficile du traitement.

Un an plus tard, Bif Naked est à nouveau en tournée pour faire la promotion de son dernier album, The Promise. Mais ce n’est pas la seule chose dont elle fait la promotion. L’essai CARE lui ayant ouvert les yeux sur les pouvoirs de guérison de l’exercice, elle veut voir l’implantation de « gymnases du cancer » pour tous les patients atteints de cette maladie et l’intégration de l’exercice aux soins standards de chimiothérapie.

InnovationCanada.ca (IC) : Lorsque vous avez découvert l’essai CARE, pensiez-vous adorer l’expérience à ce point?

Bif Naked (BN) : Pas du tout. Quand on n’est jamais passée à travers un traitement contre le cancer, on n’a pas de point de comparaison. Personne n’aurait pu prédire comment je réagirais. En fait, je me sentais différente après chaque traitement de chimio. C’était débilitant. Je ne sais pas ce qui me serait arrivé si je n’avais pas participé à cet essai trois fois par semaine. Je suis une fanatique de l’entraînement, cela a toujours fait partie de ma vie, mais je ne serais pas allée à mon gymnase à ce moment-là, même si j’y étais normalement très à l’aise. Pendant la chimiothérapie, croyez-moi, je me suis vraiment accrochée. J’ai continué à aller à l’épicerie et j’ai même enregistré un disque, mais je ne me serais pas rendue au gym. Je ne m’y serais pas sentie à ma place.

IC : Et les autres femmes?

BN : La plupart des patientes qui reçoivent un diagnostic de cancer sont accablées. Et l’essai CARE risque de décourager une femme de 50 ans qui n’a jamais fait d’exercice : elle ne s’y inscrira pas. Pourtant, je ne peux m’imaginer la solitude des femmes qui n’y ont pas participé. Car si vous saviez tous les horizons qui se sont ouverts à des femmes qui n’avaient jamais fait d’exercice auparavant et qui maintenant adorent l’effort physique, le yoga, la marche! Pour plusieurs, CARE a complètement changé leur façon de voir les choses.

IC : Il semble que vous vous soyez liée aux autres femmes du programme.

BN : Absolument. C’est comme si nous étions des compagnons d’armes. Nous avons combattu dans les tranchées ensemble. Chacune voit l’autre sombre et triste. Chauve. En train de… dépérir. Nous pouvions tisser des liens entre nous et discuter tout en nous entraînant et en transpirant. C’était un environnement rassurant où tout était fait pour que nous nous sentions bien, plus fortes, dans un climat de franche camaraderie.

IC : Qu’est-ce que le programme a fait d’autre pour vous?

BN : Je connais les bienfaits physiologiques de ces exercices, mais le programme a été vraiment bénéfique sous bien d’autres aspects. Psychologiquement. Socialement. Affectivement. Ça m’a fait du bien à plusieurs niveaux. J’ai du mal à imaginer que des femmes aux prises avec un cancer du sein n’ont pas accès à tout ça.

IC : Quelle importance a eu l’atmosphère au sein du groupe?

BN : Nous savons déjà que l’exercice renforce le système immunitaire, fortifie toutes nos cellules, nous permet de sortir vivantes du traitement, en forme, et empêche les récidives de la maladie. Mais le rire, le partage, l’ouverture aux autres et l’entraide pour éviter la dépression stimulent aussi l’immunité. C’est un tout.

IC : L’essai étant terminé depuis un an, comment vous sentez-vous?

BN : Très bien. Mais je me décris toujours comme une cabotine. Je continuerai d’être le clown de la classe et la meneuse de claque. C’est ainsi que Dieu m’a faite. Alors, cette expérience a probablement été quelque peu différente pour moi que pour d’autres. Mais je sais ce que font maintenant la majorité des autres femmes qui ont participé à CARE. Elles suivent des cours de yoga. Elles fréquentent un gymnase. Elles sont dans des clubs de marche. Et je suis convaincue – c’est statistiquement prouvé –  qu’elles vont éviter les récidives grâce à leur nouveau mode de vie. C’est remarquable qu’une étude si simple puisse avoir des résultats aussi encourageants.