Un bambin fait une chute et se retrouve avec d'énormes bleus. Il se coupe légèrement et n'en finit plus de saigner. Il est atteint du syndrome d'Hermansky-Pudlack (SHP), une maladie rare, sans cure connue, qui a de quoi plonger ses parents dans le désarroi. Où trouveront-ils des réponses ?
Peut-être dans les cellules d'un insecte commun, la mouche fruits (drosophile) qui tourne autour de nos déchets domestiques.
Une généticienne de l'Université Dalhousie croit en effet pouvoir y trouver l'information qui permettra un jour de traiter les personnes souffrant du SHP et de nombre d'autres dérèglements génétiques aux effets dévastateurs.
Au laboratoire de recherche transgénique de Dalhousie, Vett Lloyd professeure agrégée au département de biologie, transfère des segments d'ADN d'un organisme un autre. Â Notre laboratoire est unique au monde, dit-elle. C'est le seul où on peut introduire des gènes étrangers dans les oeufs de n'importe quelle espèce ou presque. Â
Mais pourquoi précisément la mouche fruits? Parce qu'elle se prête idéalement l'étude des maladies humaines. Â Nous avons en commun avec elle environ les deux tiers de nos gènes de maladies, explique Lloyd. € peu près tout ce qui se produit chez l'humain se produira chez la mouche fruits. Â € cause de cette ressemblance génétique et physiologique, un médicament ou une thérapie génique qui fonctionne pour cet insecte a toutes les chances de fonctionner pour nous.
Déj un peu notre image, ces mouches de laboratoire ont été encore plus  humanisées  : on leur a introduit des fragments microscopiques d'ADN humain qui en font des cobayes parfaits pour la recherche sur les thérapies géniques qui pourraient un jour guérir certaines des maladies héréditaires les plus complexes.
La plupart des laboratoires de recherche transgénique ne permettent de travailler qu'avec les oeufs d'une seule espèce. Mais Dalhousie, on peut introduire de l'ADN dans les oeufs d'un grand nombre d'espèces, depuis ceux du poisson zèbre, relativement gros, jusqu'aux oeufs microscopiques de la crevette des salines. C'est un avantage certain quand on sait que différents animaux conviennent différents aspects de la recherche génétique, qu'elle porte sur le milieu ou sur l'évolution.
Vett Lloyd a déj obtenu d'impressionnants résultats. Elle a démontré qu'il est possible de contrer les effets débilitants d'un gène mutant de la mouche fruits en inoculant cette dernière une copie humaine fonctionnelle de ce gène. Elle s'emploie actuellement déchiffrer la structure moléculaire d'un groupe d'environ 40 dérèglements génétiques.
Retombées
Plus d'une fois, la généticienne a dû répondre l'appel désespéré d'un parent affolé. Â Des gens m'ont appelée pour me dire qu'on venait de diagnostiquer le syndrome d'Hermansky-Pudlack chez leur bébé, et me demander si mes recherches pouvaient les aider. C'est absolument déchirant de leur avouer qu'il faudra peut-être 10 ans avant d'en connaître la cause Â, confie-t-elle.
Afin de redonner espoir tous ceux qui souffrent du SHP ou d'autres troubles génétiques, Vett Lloyd a résolu de s'attaquer ce grand défi de la médecine. En laboratoire l'Université Dalhousie, elle se sert de mouches fruits mutantes comme cobayes pour découvrir ce qui se passe chez l'humain atteint de ce rare dérèglement.
On sait qu'au moins sept gènes entrent en jeu dans le SHP et que l'un d'eux - le gène Delta AP3 ou garnet — est pratiquement identique par sa structure et sa fonction celui de la mouche fruits. Lloyd a montré qu'on pouvait guérir par thérapie génique le SHP chez l'insecte.  Quand on introduit dans les sujets malades la copie humaine fonctionnelle du gène, cela les guérit, explique-t-elle. Mais je ne crois pas qu'on voudrait procéder ainsi avec des humains.  En démontrant toutefois que les versions humaine et animale du gène étaient interchangeables, la chercheuse a prouvé que les mouches fruits feraient d'excellents cobayes pour tester d'éventuels médicaments contre le syndrome.
De fait, elle-même a essayé plus de 500 composés pharmaceutiques, avec un certain succès. Plusieurs circonscrivent la maladie en régularisant le métabolisme du calcium, qui joue un rôle dans le transport des protéines. Si elle parvient trouver une compagnie pharmaceutique comme partenaire, Lloyd passera l'étape suivante : tester les composés les plus prometteurs sur des poissons zèbres et des souris atteints du SHP et, qui sait, se rapprocher du remède ultime.
Partenaires
Le laboratoire de Dalhousie est en train de devenir un carrefour régional de la recherche transgénique. Il sert bien sûr plusieurs biologistes de l'Université, dont Ian Meinertzhagen, qui travaille sur des ascidies transgéniques pour mieux comprendre les origines de l'évolution du cerveau. Mais il sert aussi des chercheurs rattachés l'Université Acadia et, bientôt, d'autres de l'Université Mount Allison.
Le laboratoire est financé par la Fondation canadienne pour l'innovation, mais aussi par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et par la Health Research Foundation de la Nouvelle-‰cosse.
Pour en savoir plus
Apprenez-en plus au sujet des recherches en cours et essais cliniques de thérapies géniques sur des humains, sur le site des US National Institutes of Health.






