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Un pas dans la bonne direction
Tandis que des milliers de personnes se préparent à enfiler leurs chaussures dimanche prochain pour la course annuelle Terry Fox, beaucoup se souviennent de la persévérance du jeune héros dont le Marathon de l’Espoir, en 1980, a permis de sensibiliser la population au cancer, cette maladie qui lui avait fait perdre sa jambe droite et qui finira par lui coûter la vie.
À l’instar de bon nombre de ces coureurs, Tim Bryant, ingénieur mécanique et des matériaux à la Queen’s University, a encore en mémoire les images de Terry Fox courant sous la pluie avec, derrière lui, une série de véhicules de soutien clignotants. « Je me rappelle avoir pensé aux immenses efforts qu’il devait fournir pour avancer, dit-il. Terry n’avait pas la meilleure prothèse. Toutefois, ceux comme moi qui mettent au point ce type d’équipement savaient que Terry faisait la chose qu’il désirait et que ce membre artificiel, en dépit de ses limites, l’aidait à accomplir son objectif. »
Tim Bryant a passé la majeure partie de sa carrière à concevoir, à construire et à perfectionner des prothèses telles que des hanches et des genoux artificiels. Récemment, il a commencé à travailler avec un consortium international à la fabrication de membres externes destinés aux pays en développement et sortant de conflit. Le Niagara Foot est un pied artificiel qu’il est possible d’assembler au moyen de matériaux en plastique modernes à prix abordable, facilement disponibles dans beaucoup de ces pays.
Grâce au financement de la Fondation canadienne pour l’innovation, Tim Bryant et ses collègues du Human Mobility Research Centre de Queen’s et du Kingston General Hospital ont mis en place un laboratoire d’analyse du mouvement équipé d’appareils d’essai des matériaux, de systèmes de vision artificielle et de prototypeurs rapides pour résoudre les problèmes en peu de temps. Le chercheur compare son travail à celui des personnages de la série télévisée Les experts. « Vous savez lorsque les membres de l’équipe scientifique enquêtent sur un crime et font une simulation en laboratoire et qu’ils obtiennent une réponse en quelques minutes?, ajoute-il. C’est un peu la même chose dans notre labo. Nous pouvons demander comment une prothèse réagit dans certaines conditions et obtenir une réponse très rapidement. » Cela permet à Tim Bryant de fournir des solutions aux entreprises de prothèses en quelques jours à peine.
Toutefois, la rapidité des essais n’est pas la seule amélioration à survenir dans le monde des prothèses au cours des trente dernières années. Selon Tim Bryant, les membres artificiels modernes n’ont plus rien à voir avec les matériaux rigides et l’ajustement imparfait de la jambe prothétique de Terry Fox. À titre d’exemple, il mentionne les matériaux légers en fibre de carbone qui emmagasinent et libèrent l’énergie cinétique ainsi que les membres alimentés par pile qui utilisent le mouvement du corps comme source d’énergie renouvelable – une hanche devient ainsi une station de recharge. Dans un avenir prochain, les bras et les jambes artificiels seront reliés au téléphone intelligent qui transmettra des données à un technicien prothésiste capable d’apporter tout ajustement nécessaire sur-le-champ et de faire la mise au point du membre à distance.
Tim Bryant pense aussi que les éléments nécessaires pour construire une main ou une hanche seront à l’avenir beaucoup plus petits et robustes. Ces composants miniatures pourront être agencés à de nouveaux matériaux pour favoriser un prototypage rapide et une conception sur mesure à grande échelle. Avant longtemps, estime-t-il, des imprimantes 3D fabriqueront des membres prothétiques. On entre des matériaux et un dessin dans l’appareil, et il en ressort un pied artificiel.
En se projetant encore plus loin dans le futur, Tim Bryant croit qu’un jour les membres artificiels augmenteront les habiletés naturelles – une jambe bionique nous aidera à sauter plus loin, un bras amplifié nous permettra d’avoir un élan plus puissant au golf et un œil mécanique élargira notre vision du monde. « La frontière entre l’humain et la machine s’estompera, précise-t-il. Ces machines prendront la forme de bras, de jambes, mais atteindront aussi des degrés microscopiques et s’inséreront dans les cellules. »
Tom Bryant croit que ces chimères cybernétiques se matérialiseront d’ici quelques décennies, compte tenu des pas de géant réalisés par la technologie depuis le Marathon de l’Espoir. Ces changements et innovations rapides ont amélioré les prothèses et procuré une plus grande agilité et dignité à ceux qui ont perdu un membre. Aujourd’hui, ces gens peuvent marcher et courir comme jamais ils n’auraient pu l’imaginer il y a 30 ans quand Terry Fox, faisant fi de tous les obstacles, a tout mis en œuvre pour traverser le Canada à la course.
Mention de source La Fondation Terry Fox





