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Sur la piste du code de l'hypertension

Les recherches effectuées à l'Université de Montréal sur les causes génétiques de l'hypertension apporte un nouvel espoir de soulagement à des millions de victimes d?hypertension
Le 1 mai 2007
Pendant près de 12 ans, Paulette Shoemaker a cherché un médicament efficace contre son hypertension, déclenchée par une maladie rénale. Mais, le plus souvent, les médicaments restaient sans effet, entraînant des symptômes tels que rétention d’eau, enflure des pieds et éruptions cutanées. Madame Shoemaker savait que chaque crise d’hypertension endommageait ses reins un peu plus. Par ailleurs, comme l’hypertension est un important facteur de risque de crise cardiaque et d’accident vasculaire cérébral, on comprend que cette affection soit si préoccupante. « J’avoue que j’avais peur, déclare l’adjointe de direction de 59 ans, qui travaille au Olds College, à Olds, en Alberta. On se demande ce qui va arriver une fois qu’on aura fait le tour des traitements. »
 

Cette année, l’hypertension de Madame Shoemaker a enfin été maîtrisée, grâce à Norm Campbell, un spécialiste de l’hypertension de Calgary. Il a administré à sa patiente, à titre d’essai, de plus petites doses de médicaments appartenant à trois familles d’antihypertenseurs auxquelles elle avait déjà eu recours. Toutefois, malgré ce succès thérapeutique, le docteur Campbell admet que le traitement de l’hypertension demeure fondamentalement une « science inexacte ».

Le décryptage du code génétique de l’hypertension pourrait vraisemblablement mener à l’élaboration de traitements ciblés. Le généticien moléculaire Alan Deng de l’Université de Montréal effectue précisément des travaux de recherche pour améliorer le diagnostic et le traitement de l’hypertension. Il tente ainsi de découvrir chez le rat les gènes qui peuvent provoquer ou exacerber la maladie. Si l’on estime que les gènes jouent un rôle dans plus ou moins 40 pour cent des cas d’hypertension, on en sait, par contre, très peu sur les causes fondamentales et les mécanismes de l’affection.

Le docteur Deng ajoute : « L’hypertension a plusieurs causes et, actuellement, on ignore ce qui la provoque chez tel ou tel individu. Les médecins prescrivent, pour ainsi dire, un traitement à l’aveuglette. Le médicament choisi n’est donc pas toujours celui qui convient le mieux. »

Au début des années 1990, Alan Deng a acquis une notoriété internationale lorsqu’il a localisé des chromosomes porteurs d’importants gènes de l’hypertension chez des rats « sensibles au sel ». L’ajout de sel à l’alimentation de ces animaux précipite l’apparition de l’hypertension et en augmente la gravité. Ce phénomène est observé chez de nombreux êtres humains, dont la consommation excessive de sel peut augmenter le risque d’apparition de l’hypertension et aggraver les symptômes.

Le docteur Deng arrive de mieux en mieux à cerner les zones porteuses de ces gènes et à examiner l’effet que chaque gène est susceptible d’exercer sur la tension artérielle. Son laboratoire est d’ailleurs considéré comme la référence mondiale en matière de recherche génétique sur l’hypertension utilisant des modèles animaux.

Les travaux chez le rat permettent d’effectuer des manipulations génétiques qu’il serait impossible de réaliser chez l’humain. « Nous pouvons créer des souches de rats identiques sur le plan génétique, tout en les programmant pour obtenir des animaux hypertendus et d’autres hypotendus, déclare Alan Deng. Nous pouvons par la suite introduire un gène particulier afin de voir si la tension artérielle augmente ou baisse. »

Les résultats de ces recherches portant sur les animaux auront des applications chez l’humain, grâce à la collaboration de personnes comme Pavel Hamet, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la génomique prédictive en hypertension, à l'Université de Montréal. Cette sommité internationale de l’hypertension dirige une équipe qui s’est penchée sur 120 familles canadiennes-françaises de la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean, au Québec. Un grand nombre de ces familles sont des descendantes directes des premiers arrivants en Nouvelle-France au dix-septième siècle. De nos jours, les archives généalogiques sont informatisées.

En 2005, Pavel Hamet et ses collaborateurs ont publié des résultats selon lesquels ils avaient découvert 46 zones chromosomiques liées à l’hypertension, qui renfermaient des centaines de gènes chacune. L’équipe a analysé 250 caractéristiques cliniques des membres étudiés au sein des familles et crible actuellement leur génome à l’aide de quelque 50 000 marqueurs génétiques connus. Bien que rien ne porte à croire que les gens du Saguenay font plus d’hypertension que les autres Canadiens, le docteur Hamet indique qu’il sera vraisemblablement plus facile de découvrir les gènes responsables de la maladie chez eux, étant donné qu’on connaît très bien leurs antécédents familiaux.

Les travaux des docteurs Hamet et Deng et de leurs collaborateurs jetteront une lumière nouvelle sur les mystères de l’hypertension, ce qui représente un nouvel espoir pour Paulette Shoemaker et des millions d’autres hypertendus.

Retombées

Au Canada, on estime que cinq millions d’adultes souffrent d’hyphypertensertension, un facteur de risque important de maladies du cœur, d’accident vasculaire cérébral et d’insuffisance rénale. Les antihypertenseurs sur le marché se révèlent efficaces pour environ la moitié des patients seulement. Les médecins perdent un temps précieux à chercher la bonne association médicamenteuse, ce qui finit par miner la confiance des patients. Les traitements ne procurent pas tous les bienfaits escomptés à de nombreux patients. Il pourrait en être autrement si l’on ciblait les gènes appropriés.

« Plus les patients doivent changer de médicament souvent, moins ils sont portés à suivre leur traitement », indique Norm Campbell, titulaire de la Chaire du Canada pour le contrôle et la prévention de l’hypertension à l’Université de Calgary et porte-parole de la Fondation des maladies du cœur du Canada. « Autrement dit, ils perdent confiance en nous et commencent à nous soupçonner de ne pas savoir ce que nous faisons. »

La recherche en génétique effectuée à Montréal pourrait bien contribuer à remédier à la situation. Par exemple, si l’on découvrait le gène causant l’hypertension sensible au sel, on pourrait s’en servir pour dépister plus rapidement cette forme de la maladie. On pourrait procéder au criblage génétique facilement et à un coût modique à l’aide d’un simple test sanguin. À l’heure actuelle, le seul moyen de découvrir la sensibilité au sel consiste à hospitaliser le patient pendant plusieurs jours et à lui faire suivre un régime strict.

En découvrant les gènes responsables de l’hypertension, on pourrait mettre au point de nombreux médicaments qui cibleraient la cause précise de la maladie. Cela permettrait également de prédire et de prévenir les effets indésirables de ces traitements.

À longue échéance, les découvertes de la génétique pourraient permettre de dépister la prédisposition à l’hypertension et ce, dès le plus jeune âge. Les travaux de recherche pourraient même mener à la mise au point d’un vaccin préventif.

Partenaires

Alan Deng travaille avec des chercheurs spécialisés en hypertension au Canada et à l’étranger. Il compte des collaborateurs à l’Institut de cardiologie de Montréal, à l’Institut de cardiologie d’Ottawa, à l’hôpital d’Ottawa, au Centre hospitalier de l’Université de Montréal ainsi qu’à l’Université de Louisville, à l’Université d’Osaka, au Japon, et à l’Université du Yunnan, en Chine.

Le projet de Pavel Hamet, qui porte sur des familles du Saguenay, est réalisé en partenariat avec l’Hôpital de Chicoutimi (qui fait également partie de l’Université de Montréal) et avec des chercheurs de cinq universités : l’École Polytechnique de Montréal, l’Université du Québec à Chicoutimi, l’Université McGill, l’Université d’Ottawa et le Massachusetts Institute of Technology (MIT). Par ailleurs, il collabore depuis longtemps avec des chercheurs du Medical College of Wisconsin.