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Rivaliser sur un pied d’égalité aux Jeux paralympiques

Des travaux de recherche canadiens clarifient la notion d’incapacité chez les athlètes ayant une lésion de la moelle épinière
Le 24 août 2012

C’est avec une vive admiration que la planète a regardé Oscar Pistorius, surnommé « Blade Runner (le coureur aux lames) » par la presse internationale, participer au 400 mètres masculin à Londres. Oscar Pistorius a peut-être perdu la course, mais son histoire a forcé le monde à se poser de sérieuses questions sur la définition du handicap et de la capacité dans les sports modernes.

Les responsables des Jeux paralympiques auront certainement ces questions à l’esprit pendant les compétitions qui se tiendront à Londres du 29 août au 9 septembre. À l’institut ICORD de l’Université de la Colombie-Britannique, le DAndrei Krassioukov mène des travaux visant à permettre aux athlètes ayant une lésion à la moelle épinière de rivaliser sur un pied d’égalité.

Jusqu’à 90 pour cent des personnes ayant une lésion entre les vertèbres cervicales et thoraciques supérieures souffrent d’un dysfonctionnement neurovégétatif empêchant de régulariser la fréquence cardiaque et la pression artérielle. Dans le cas des athlètes de haut niveau, ce trouble peut constituer un important désavantage compétitif.

Le Comité paralympique international a établi un processus de classification selon lequel les athlètes sont regroupés en fonction de leur handicap. Le site Web du comité décrit le processus comme suit : « La classification permet d’établir une structure pour les compétitions sportives. Tout comme en lutte, en boxe et en haltérophilie, où les athlètes sont classés par catégorie de poids, les athlètes ayant un handicap sont regroupés par catégories, lesquelles sont définies en fonction du degré de mobilité que permet le handicap fonctionnel. »

En d’autres termes, l’objectif est de s’assurer que les athlètes se mesurent à des personnes ayant des capacités et des niveaux de fonctionnement semblables, ce qui égalise les chances et garantit des résultats fondés uniquement sur l’excellence.

Ce système de classification selon le fonctionnement cardiovasculaire ne comporte toutefois pas d’évaluation du fonctionnement neurovégétatif. Les recherches du DKrassioukov ont démontré que dans le cas d’athlètes ayant une lésion de la moelle épinière, il s’agit d’une lacune importante.

Devant la pression propre à la compétition internationale de haut niveau, les athlètes paralympiques dont la fonction neurovégétative est diminuée ont trouvé des façons créatives d’augmenter leur tension artérielle, notamment en s’infligeant volontairement une blessure ou en créant un malaise pour déclencher de fortes hausses de leur pression artérielle.

« Comme clinicien, je comprends la motivation des athlètes qui désirent augmenter artificiellement leur pression artérielle», indique le DKrassioukov. Imaginez comment on se sent quand on se réveille avec une tension artérielle basse et qu’on est incapable de l’augmenter de manière naturelle. Et qu’on ne peut simplement faire de l’exercice ou prendre une tasse de café pour aller mieux. C’est un énorme désavantage. »

Ces hausses provoquées par l’« hyperréflexie autonome » peuvent avoir des effets très néfastes sur la santé d’un athlète, voire entraîner la mort. L’incapacité à contrôler la tension artérielle peut endommager gravement le système cardiovasculaire. De fait, les troubles cardiovasculaires sont la principale cause de décès chez les personnes ayant une lésion de la moelle épinière.

« À la clinique, dans un environnement contrôlé, nous activons la pression artérielle pour traiter des patients présentant un dysfonctionnement neurovégétatif, poursuit le Dr Krassioukov. Cependant, en compétition, cette pratique est dangereuse et interdite – elle est considérée comme une méthode d’amélioration de la performance.

Le Comité paralympique international a demandé au Dr Krassioukov de trouver une solution à ce problème en ajoutant au système de classification des athlètes paralympiques des évaluations du fonctionnement cardiovasculaire.

Ce changement ne se fera pas du jour au lendemain, mais le Dr Krassioukov a déjà accompli des progrès appréciables. Il a recueilli des données auprès des athlètes des Jeux paralympiques de Beijing et de Vancouver. Il sera à Londres pour réaliser des évaluations et renseigner les athlètes sur les dangers de l’hyperréflexie autonome.

À bord de l’avion qui le conduira à Londres à la fin du mois, il transportera du matériel d’essai de pointe financé par la Fondation canadienne pour l’innovation qui aidera ses cinq étudiants des cycles supérieurs et lui à poursuivre leurs travaux.

 

 

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