Quelle est la valeur de la recherche universitaire? La question peut paraître simple, et amener spontanément à parler d’effets profonds sur la société, l’économie et la culture. Les Canadiens semblent convaincus que la recherche universitaire est importante et inspirante, qu’elle éclaire tous les aspects de l’existence, qu’elle accroît la prospérité et la qualité de vie.
S’ils disent apprécier la recherche à sa juste valeur — et même en demander davantage, selon un récent sondage d’envergure nationale — les Canadiens se trouvent quand même mal informés à ce sujet. Un sur 10 seulement se croit bien renseigné. Les deux tiers disent avoir trop peu d’information sur les répercussions des nouvelles découvertes scientifiques. Pour de nombreux Canadiens, la recherche universitaire est encore terra incognita. Il faut que ça change.
Voici pourquoi : depuis 1997, le gouvernement fédéral y a affecté la somme considérable de 11 milliards $. Or, les politiciens et les décideurs veulent savoir ce qu’ils achètent au juste avec l’argent des contribuables. Et les Canadiens méritent de savoir ce que leur rapporte cette mise de fonds. Dans le milieu universitaire, on en est de plus en plus conscient. On comprend que la population entière a le droit de connaître exactement l’utilité de cet investissement.
C’est dans cet esprit que l’AUCC publiera cet automne En plein essor : Édition 2005 du rapport sur la recherche universitaire et la transmission du savoir , son premier rapport public sur la contribution collective de ses membres au mieux-être économique et social du pays. Il y sera question du lien primordial entre le rendement de la recherche et les bienfaits que les Canadiens en retirent dans la santé, l’environnement, la culture, la vie civique, l’administration et l’économie.
Comme son nom l’indique, En plein essort parle d’un processus en cours, non d’un événement ponctuel, pour une raison évidente : il n’est pas toujours facile de prouver la valeur de la recherche, même de celle destinée à changer le monde.
Certains bienfaits sont plus faciles à décrire que d’autres, quand on sauve des vies, par exemple. C’est le cas du protocole d’Edmonton, élaboré à l’Université de l’Alberta, qui consiste à transplanter des cellules productrices d’insuline d’un pancréas sain au foie d’un diabétique. Un an après l’opération, quatre patients sur cinq n’ont plus besoin d’injections d’insuline. Voilà une excellente nouvelle pour les 2,25 millions de Canadiens menacés par le diabète.
Mais comment mesurer la valeur sociale d’une augmentation d’un pour cent du taux d’alphabétisation, surtout si la recherche entraîne des coûts considérables?Le Réseau canadien de recherche sur le langage et l’alphabétisation, qui regroupe 30 universités à travers le pays, fournit aux décideurs et aux praticiens de précieux outils pour venir en aide aux sept millions de Canadiens aux prises avec l’analphabétisme ou avec des troubles du langage. Or, une étude récente de Statistique Canada et de l’Université d’Ottawa révèle qu’un gain d’un seul point de pourcentage en alphabétisation ferait grimper le produit national brut de plus de 18 milliards $ par an. C’est crucial comme recherche, et il vaut la peine d’en divulguer les retombées.
Les chercheurs universitaires ne songent pas nécessairement à créer de la richesse économique, et la plupart ne s’attendent pas que leurs travaux déboucheront à brève échéance sur de nouveaux outils, techniques ou procédés. Ils cherchent plutôt à faire avancer la connaissance et la compréhension, nourris par la liberté qu’on leur offre de résoudre des questions controversées, non posées ou apparemment insolubles.
Si nous apprécions les fruits de leurs travaux, nous devons soutenir leur exploration de l’inconnu, si indirecte et sinueuse qu’elle soit par nature. Et s’il advient qu’un labeur assidu aboutit à des progrès techniques et sociaux, alors nous avons le devoir de le dire. En retraçant le chemin parcouru dans le labyrinthe des subventions, des programmes et des partenaires, nous devons montrer le lien entre l’investissement initial et la réussite finale.
Les universités comptent pour le tiers de la recherche effectuée au Canada. C’est à elles qu’il revient, pour une bonne part, de clamer bien haut les retombées concrètes de l’investissement fédéral. Pour parler franchement, les politiciens n’approuveront pas la recherche universitaire si le public n’en voit pas vraiment l’utilité. Le gouvernement a investi énormément depuis 1997 et il cherchera encore à renforcer la capacité nationale de recherche-développement. Cet élan sera maintenu dans la mesure où nous saurons faire comprendre, et apprécier, à nos compatriotes les bienfaits économiques et sociaux qui en découlent. Les universités canadiennes tiennent ardemment à ce que soient racontées les réussites de la recherche.
Claire Morris est Présidente de l'Association des universités et collèges du Canada (AUCC).
Les idées et les points de vue exprimés dans cette chronique ne sont pas nécessairement ceux de la Fondation canadienne pour l'innovation, de son conseil d'administration ni de ses membres.





