Par définition, les perfectionnistes se fixent des attentes très élevées. Ce faisant, ils s’exposent à l’échec. Des recherches révèlent maintenant que lorsqu’il se produit, beaucoup d’entre eux décident de manger avec excès pour atténuer les sentiments de solitude, de tristesse et d’inadéquation.
« Souvent, les perfectionnistes croient décevoir les autres ou être jugés défavorablement par ceux-ci, indique Simon Sherry, professeur adjoint en psychologie et directeur de la Personality Research Team à l’Université Dalhousie, à Halifax. L’hyperphagie boulimique, aussi appelée frénésie alimentaire, leur permet de chasser temporairement ces pensées désagréables, bien que ce comportement finisse par être très destructeur. Dans les faits, cette solution à court terme devient un problème à long terme. »
Dans une première étude, Simon Sherry et son confrère Peter Hall, professeur agrégé à l’Université de Waterloo, ont suivi les activités quotidiennes de 566 étudiantes universitaires de premier cycle. Ils ont choisi ce groupe cible pour deux raisons. D’abord, l’hyperphagie boulimique est plus fréquente chez les jeunes de 18 à 25 ans. Ensuite, les femmes sont plus susceptibles d’en souffrir que les hommes.
Les études antérieures s’intéressaient surtout au rapport entre le perfectionnisme et l’anorexie et la boulimie. Les deux chercheurs ont voulu déterminer s’il existait un lien aussi fort entre le perfectionnisme et l’hyperphagie boulimique. Ils ont constaté que les sujets présentant certains traits d’une personnalité perfectionniste étaient plus enclins à éprouver les nombreux déclencheurs associés à l’hyperphagie boulimique, notamment des relations conflictuelles, une faible estime de soi et des symptômes de dépression. Ils ont aussi remarqué que l’hyperphagie boulimique était plus courante chez les personnes qui essayaient consciemment de maigrir.
« Imaginez une personne extrêmement perfectionniste qui, durant toute la journée, a limité rigoureusement sa consommation de nourriture, a ressenti de nombreuses émotions négatives et a vécu plusieurs conflits sociaux en raison de son inflexibilité et de ses attentes irréalistes, explique Simon Sherry. Le fait de sentir, de mastiquer et de digérer rapidement une grande quantité de nourriture lui permet de détourner son attention de ces perceptions envahissantes. Ce comportement est toutefois autodestructeur puisqu’après avoir mangé avec excès, elle est de nouveau envahie par ces mêmes sentiments négatifs. »
La première étude des chercheurs a été publiée en 2009 dans la revue Journal of Personality and Social Psychology. Simon Sherry précise qu’une étude subséquente, qui fait présentement l’objet d’un examen par des pairs, a confirmé que les perfectionnistes préfèrent l’exécutoire de la consommation excessive de nourriture à celui de la beuverie effrénée. Il est encore trop tôt pour expliquer ce choix. Simon Sherry croit cependant que la gueule de bois associée à une forte consommation d’alcool a une incidence sur le rendement – un aspect qui compte beaucoup pour les perfectionnistes pourrait être une explication plausible. En outre, l’un des étudiants diplômés de l’équipe du chercheur étudie les familles à la recherche d’autres facteurs externes et environnementaux qui pousseraient les perfectionnistes à recourir à l’hyperphagie boulimique.
Ce type de recherche vise à améliorer l’évaluation et le traitement des perfectionnistes atteints de ce trouble alimentaire – une tâche parfois ardue puisque les perfectionnistes, qui n’aiment pas admettre leurs imperfections, sont souvent réfractaires au traitement. Simon Sherry souhaite éliminer cette barrière. « J’espère que les jeunes prendront connaissance de ces travaux et se rendront compte qu’il existe des méthodes d’intervention efficaces, ajoute-t-il. Et qu’il est possible de changer. »






