Mot clé
Prev/Next
Sujet
Prev/Next
Recherche par:

Vous êtes ici

Et la lumière fut...photons-passion

Le 1 juillet 2002

L'an dernier, on avait Francis Boulva (l'étoile des dernières expo-sciences). Cette année, on a Julien Brousseau. Ce sont de véritables Wayne Gretsky de la science. » Ces paroles ne viennent pas d'un quelconque gérant d'estrades, mais bien d'un connaisseur en matière de talents scientifiques: Jacques-Yves Gauthier, juge-en-chef de la Super expo-sciences Bell et chimiste chez le géant pharmaceutique Merck Frosst.

Pour son projet « Microparticules en solution », Julien Brousseau a remporté mieux qu'une Coupe Stanley. Cet élève de secondaire III au Séminaire des Pères Maristes, dans la région de Québec, a gagné le premier prix toutes catégories confondues à la finale québécoise des expo-sciences. À l'Expo-science pan canadienne, qui avait lieu à Saskatoon en mai, il a remporté la médaille d'or, classe intermédiaire (i.e. pour le niveau des secondaire III et IV), ainsi que le prix de la science des communications Dow Chemical Canada inc., pour l'excellence de sa présentation... en anglais! En juillet 2003, à Moscou, il représentera le Canada à l'Expo-sciences internationale.

Il suffit de lire son rapport de recherche, pour apprécier la rigueur de son approche, la qualité du français et la profondeur de sa réflexion. « Dans son kiosque, la force de sa présentation visuelle était aussi remarquable, ajoute Jacques-Yves Gauthier. Ses tableaux et graphiques étaient limpides. Les éléments importants y étaient bien mis en évidence. Et puis, il fallait le voir communiquer ses résultats! Enthousiaste, convaincant, Julien s'exprime clairement et avec aplomb. Il n'est pas timide pour deux sous. »

Julien a beau être charmant, mais —entre nous— les microparticules en solution, ça n'a rien de particulièrement sexy... Dans son kiosque, pas de lumières qui flashent, de robots qui parlent ou de références à Star Trek. Rien de ces éléments racoleurs qui visent à rendre divertissante la « science-pour-tous ». Simplement une idée fondamentale intéressante et un montage bien calibré pour la démontrer. De la vraie science de pros.

Julien explique l'abc de son expérience, pour la nième fois: « Dans une solution, on a souvent des particules non dissoutes qui restent en suspension. Je voulais mettre au point une méthode simple et rapide pour évaluer leur concentration . Ces données nous permettront éventuellement de les éliminer si on le désire. »

On voit toute de suite les applications possibles d'un tel projet dans le traitement des eaux usées. Les conglomérats organiques qui circulent dans le Fleuve Saint-Laurent n'ont qu'à bien se tenir!

Mais plutôt que d'utiliser ces colloïdes peu ragoûtants, Julien a rempli son éprouvette de flocons microscopiques de latex - de tailles uniformes et standardisées. L'équivalent des rats blancs de laboratoire pour les chimistes! Pour « voir » ses flocons, notre scientifique en herbe a utilisé la lumière. Dans son montage, un rayon laser traverse l'éprouvette qui contient la solution. En frappant les particules de latex, les rayons sont diffusés. Une lentille les fait ensuite converger vers un capteur, qui mesure le voltage du rayonnement. Plus la concentration des résidus est grande, plus la lumière sera diffusée. En bout de ligne, on obtient un seul chiffre, en milliVolts. Pour obtenir ensuite la concentration des micro-morceaux de latex : bonne chance! De longues déductions mathématiques sont requises.

Pourquoi avoir choisi un tel projet? La photonique, ou science de la lumière, passionne Julien Brousseau depuis qu'il a présenté son premier projet à l'Expo-sciences en sixième année. « Ce sont les fibres optiques qui m'ont d'abord fasciné, confie-t-il. Savoir qu'elles transportent de l'information à la vitesse de la lumière me renversait. Depuis, j'ai toujours présenté des projets en photonique - sauf en secondaire II, où je parlais de la coulée printanière de la sève. » Normal pour un garçon qui a grandi sur une érablière!

« Ce qui me plaît de la photonique, c'est que ça donne des résultats concrets et immédiats, puisqu'on fait nos mesures avec de la lumière.» Mais, côté physique et mathématiques, Julien avoue qu'il en a sué : « Je devais maîtriser des notions de trigonométrie et de physique des ondes que je n'ai pas encore apprises, car je ne suis qu'en secondaire III. J'ai donc consulté beaucoup de livres.»

Pour attaquer l'ascension de ces sommets arides, Julien a heureusement pu compter sur un sherpa d'expérience : Bernard Drouin, professeur de physique au collège François-Xavier-Garneau, à Québec. Le guide a tout de suite aimé son protégé : « Dès notre première rencontre, j'ai vu qu'il s'agissait d'un étudiant exceptionnel. Une telle passion sincère des sciences, c'est rare à 14 ans. » Après avoir passé plusieurs samedis et dimanches ensemble au labo, il salue le sérieux et la persévérance de Julien: « Il a pris le temps de bien assimiler sa matière et de vraiment comprendre ce qu'il faisait. »

Julien estime avoir englouti 400 heures pour apprivoiser ses microparticules en suspension. Et ce n'est pas fini : pour l'Expo-science de l'an prochain, il veut rendre son appareil plus précis et plus sensible.

À part la photonique, Julien a-t-il d'autres hobbys? « Non. Le reste du temps, je travaille sur la terre de mes parents, à Saint-Jean-Chrysostome. Nous avons un boisé, un jardin et des petits animaux (moutons, cochons, poules, volailles, lapins, alouette!) que nous exploitons pour notre propre consommation. » Un dur labeur que les Brousseau ne font que dans leurs temps libres puisque papa est planificateur financier et maman, infirmière. Julien n'a donc pas le temps de voir ses amis. Une blonde? On n'y pense même pas!

Pour l'instant, il n'a qu'un modèle : son grand frère Mathieu, 18 ans, également superstar des expo-sciences, dont les projets à saveur environnementale l'ont mené de Stockholm à Atlanta, en passant par Grenoble.

Enivrés par les conversations savantes de leurs aînés, les plus jeunes trépignent déjà d'impatience. Charles, 10 ans, a monté un petit projet sur Joseph-Armand Bombardier qu'il a présenté à son école. Patricia, 7 ans, a troqué ses poupées pour des crayons feutres et a conçu des pancartes expliquant les mystères des lichens!

Parions qu'on n'a pas fini d'entendre parler des p'tits Brousseau...