Derrière un miroir sans tain, des spécialistes des facteurs humains peuvent surveiller et documenter les interactions complexes entre des cliniciennes et leur milieu de travail.
University Health Network
Imaginez une scène typique dans un hôpital, mais simulée en laboratoire.
Les membres d’une équipe médicale essaient d’utiliser différents appareils, dont une pompe à médicaments intraveineux, alors qu’ils sont continuellement interrompus par un code bleu ou par d’autres urgences susceptibles de leur faire commettre des erreurs. À certains moments, pour ajouter à l’authenticité et dérouter encore plus les participants, on fait entrer des acteurs jouant le rôle de patients confus. Derrière un miroir sans tain, des chercheurs surveillent de près les gestes des protagonistes.
Bienvenue au labo du Medical Device Informatics et du Healthcare Human Factors Group, associé aux trois hôpitaux torontois du University Health Network (UHN) et à l’Université de Toronto.
Tara McCurdie, spécialiste des facteurs humains, observe un membre d'une équipe médicale en train d'utiliser un appareil médical dans un laboratoire d'essais du Centre for Global eHealth Innovation.
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L’installation, qui a ouvert ses portes en 2004, héberge un laboratoire d’essais de 6 M$. Ses fondateurs estiment que ce laboratoire d’étude de la convivialité de nouvelles technologies médicales serait le plus important dans le monde en milieu hospitalier. Son personnel, qui compte 18 employés à plein temps et des étudiants diplômés, analyse comment la conception d’un appareil ne prévoit pas toujours les possibilités d’erreurs quasi infinies que peuvent commettre les utilisateurs.
Bien que la convivialité, c’est-à-dire la facilité d’utilisation, soit déterminante dans la création de produits de grande consommation, « beaucoup d’appareils médicaux sont mal conçus et ne sont pas soumis aux tests d’utilisation effectués dans d’autres domaines », affirme Joseph Cafazzo, professeur adjoint au Département de la politique, de la gestion et de l’évaluation sanitaire et à l’Institut des biomatériaux et du génie biomédical de la faculté de médecine et directeur du groupe Healthcare Human Factors.
En outre, si un appareil peu convivial peut se révéler une source d’ennuis dans le secteur des produits de consommation, l’enjeu est nettement plus important quand il s’agit d’équipement médical.
Le Centre est capable de recréer des milieux cliniques complexes afin d'étudier la façon dont les cliniciens composent avec des appareils médicaux en développement.
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« Quand vous êtes irrité par le fonctionnement d’un guichet automatique ou par un panneau de signalisation qui vous a mené dans la mauvaise direction, vous ne subissez qu’un inconvénient, ajoute le professeur. La piètre conception d’un appareil destiné au système de santé peut provoquer des blessures ou entraîner la mort d’un patient. »
L’UHN et l’Université de Toronto ont donc collaboré à la création d’une installation où quelques-uns de leurs 4000 médecins et infirmières peuvent faire l’essai de la convivialité d’une technologie dans des simulations conçues pour reproduire le tourbillon incessant de la pratique hospitalière. Le but est d’aider l’industrie à concevoir de meilleurs appareils, et les hôpitaux qui sont à la recherche de nouveaux appareils, à trouver ceux qui leur conviennent.
L’exercice a permis d’accroître la convivialité et de cerner des possibilités d'amélioration. Ainsi, une nouvelle pompe à analgésique mise au point en collaboration avec l’entreprise britannique Smiths Group a été soumise à 10 processus de conception itératifs avant d’être jugée véritablement conviviale. Une unité de soins intensifs mobile de combat, qui devait pouvoir fonctionner dans un avion privé d’éclairage, a été améliorée après avoir été testée Une unité de soins intensifs mobile de combat, qui devait pouvoir fonctionner dans un avion privé d’éclairage, a été améliorée après avoir été testée dans une soute d'avion simulée. Et le ministère de la Santé et des Soins de longue durée de l’Ontario sait maintenant qu’il doit trouver une solution au fait que des infirmières, dans certains hôpitaux, ignorent les fonctions intelligentes des nouvelles et coûteuses pompes d’analgésie – en particulier les avertissements de mauvais dosages – et les utilisent de la même manière que les anciennes.
Toutefois, l’accomplissement le plus important du laboratoire est d’avoir sensibilisé les utilisateurs du secteur hospitalier au rôle qu’ils peuvent jouer dans l’amélioration de la technologie médicale. Comme l’affirme Richard Cooper, un professeur d’anesthésie à l’Université de Toronto qui a participé à un banc d’essai : « Les appareils ne devraient pas être évalués par des ingénieurs ou par ceux qui les conçoivent, mais par ceux-là mêmes qui les utilisent. »






