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Du rêve à la réalité

Le legs de milliers d’esclaves noirs qui ont fui au Canada au 19e siècle
Le 4 février 2009
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Au 19e siècle, des milliers de Noirs américains ont échappé à l'esclavage en s'installant dans le sud de l'Ontario, dans des colonies qu'ils considéraient comme des terres de liberté et d'affranchissement où leurs rêves pouvaient enfin se réaliser.

On a donné le nom de Chemin de fer clandestin au réseau de sentiers secrets qu'empruntaient les esclaves en fuite et les Noirs américains libres. Le long de ce circuit, par exemple dans des régions telles que le comté de Chatham-Kent, sont nées des communautés qui cultivaient de puissantes valeurs de liberté, d'identité et de citoyenneté. De solides fondements pour les Noirs canadiens qui travaillaient à abolir l'esclavage aux États-Unis et à protéger les droits civils au Canada et ailleurs.

Chaque année, en février, on souligne cette contribution de la communauté afro-canadienne dans le cadre du Mois de l'histoire des Noirs. Mais l'apport des anciens esclaves américains dans le développement de notre pays a été largement négligé, estime un chercheur de l'Université d'Ottawa.

«La plupart du temps, nous oublions ce pour quoi nous avons combattu et d'où nous venons, explique Boulou Ebanda de B'béri, directeur du Laboratoire des médias audiovisuels pour les cultures et sociétés (LAMAC&S). Ces gens se battaient pour une société civile, le droit de vote et le droit d'être entendu — des valeurs que nous partageons aujourd'hui.»

De B'béri espère corriger cette amnésie historique en participant au Promised Land Project, une recherche étalée sur cinq ans portant sur l'expérience de liberté des pionniers noirs des communautés de Chatham et de Dawn au 19e siècle.

Ce projet interdisciplinaire, qui en est maintenant à sa deuxième année, combine l'expertise de chercheurs nationaux et internationaux pour préserver et démocratiser les sources d'archives, mettre au point du matériel éducatif et créer des projets communautaires.

Ces communautés constituaient l'une des dernières étapes du réseau de maisons secrètes du Chemin de fer clandestin. Des centaines de Noirs libres s'y sont donc installés. Leurs relations avec les communautés blanches et aborigènes ont fourni à des chercheurs tels que B'béri d'importantes informations sur les interactions entre les races.

C'est en 2005, alors qu'il campait à Chatham avec son fils de cinq ans, que B'béri a pris connaissance de l'histoire des Noirs de la région et en particulier du rôle de Mary Ann Shadd Cary, antiesclavagiste, militante des droits de la femme, éducatrice et rédactrice en chef d'un journal vers le milieu du 19e siècle.

L'intrépidité de cette pionnière, qui s'est battue pour l'égalité raciale, a poussé B'béri à entreprendre une odyssée universitaire qui est devenue l'obsession de sa vie.

Ces communautés qui, autrefois, étaient des lieux où cohabitaient plusieurs races, sont aujourd'hui bien plus homogènes. Après l'abolition de l'esclavage aux États-Unis à la fin de la Guerre civile, un grand nombre d'anciens esclaves ont quitté ces communautés et sont allés vivre ailleurs au Canada ou ont choisi d'aller rejoindre leur famille.

Bryan Prince, descendant de sixième génération d’esclaves noirs, estime que ces communautés ontariennes ont représenté pour les esclaves fugitifs un refuge sûr, chose rare à l’époque : «Lorsque ces personnes étaient encore asservies, elles avaient justement cette vision du Canada – la terre de la Reine Victoria – et de ses promesses, explique-t-il. C’est pourquoi il s’agissait d’un lieu magique et mystique pour un grand nombre d’entre elles.»