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Des souris et des hommes

Le 1 juillet 2002

Qui aurait pensé qu'un jour, sur le front de la guerre contre le sida, une petite armée de souris allait occuper la toute première ligne? C'est pourtant ce que des experts de la trempe du Dr Paul Jolicœur souhaitent bientôt accomplir.

Paul Jolicœur travaille avec les souris depuis plus d'une décennie. En collaboration avec son équipe de l'Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM), le docteur Jolicœur cherche à développer un modèle animal de souris apte à être infecté du virus de l'immunodéficience humaine (VIH). Leur défi : concevoir une lignée de souris qui, à l'aide de modifications génétiques, posséderaient les gènes humains requis pour recevoir l'infection et réagir au VIH un peu comme un être humain.

Il n'existe toujours pas de vaccin contre le sida. Ni de modèle animal clinique pour tester les vaccins candidats. Et pourtant, de plus de plus de gens croient qu'il est dorénavant possible de « cohabiter » en paix avec le VIH. C'est faux. Même si de nouvelles thérapies ont permis d'accroître la durée et la qualité de vie des personnes atteintes, l'infection au VIH reste une éventualité grave et lourde de conséquences.

Car le virus demeure la première cause de décès en Afrique subsaharienne et la quatrième dans le monde. En fait, vingt et un ans après l'apparition de ce célèbre virus, le sida est devenu la maladie la plus dévastatrice de l'histoire de l'homme. Plus de 60 millions de personnes dans le monde auraient été infectées depuis son apparition en 1981, dont plus 5 millions en 2001 seulement.

Selon le plus récent rapport de l'ONU (décembre 2001), 40 millions de personnes dans le monde vivent aujourd'hui avec le VIH/sida. Un tiers d'entre elles ont entre 15 et 24 ans et ne se savent même qu'elles sont porteuses du virus.

En 2000, Santé Canada estimait que près de 50 000 Canadiens vivaient avec le VIH/sida. C'est-à-dire une augmentation de 24 % par rapport aux chiffres de 1996. L'organisme fédéral ajoute qu'environ 15 000 Canadiens infectés par le VIH, ignorent encore qu'ils sont séropositifs. L'épidémie est donc loin d'être enrayée.

Retombées

Obtenir un modèle animal de l'infection au VIH chez la souris, voilà donc l'objectif déclaré de l'équipe du Dr Paul Jolicoeur. « Nous aimerions arriver à prendre le virus HIV, infecter une souris et en obtenir une maladie,» explique-t-il dans son laboratoire de l'Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM). « Car tant et aussi longtemps qu'il nous sera impossible de prendre le virus du VIH et l'injecter dans un animal afin qu'il se reproduise pour aboutir à la maladie (le sida), il nous sera impossible de tester des vaccins.»

À propos des modèles animaux, le docteur Jolicoeur confirme la croyance qui veut que le chimpanzé soit le seul modèle animal actuellement utilisé dans les laboratoires spécialisés. Mais comme le virus du sida chez cet animal est légèrement différent de celui que l'on retrouve chez l'humain, et que le chimpanzé est une espèce protégée et très coûteuse dont le cycle reproductif est extrêmement lent (de 10 à 12 ans), ce modèle reste, somme toute, difficilement applicable.

Voilà pourquoi l'élaboration d'un modèle de souris réceptif au VIH pourrait, en permettant aux chercheurs de réaliser des tests et développer des vaccins plus rapidement et à moindre coût, accélérer la mise en place d'infrastructures efficaces à l'élaboration de nouveaux traitements pour les personnes infectées. Sans compter que l'immunologie des souris est très bien connue de l'homme et que ce petit mammifère, aisément disponible, ne coûte presque rien. Cela dit, et avant d'en arriver à leurs fins, l'équipe de recherche de Paul Jolicoeur, financée en grande partie par le CANVAC, doit d'abord trouver le moyen « d'humaniser » la souris en lui donnant les gènes manquants ou distincts. Cela représente une quantité innombrable de manipulations génétiques.

« C'est très long et très frustrant. C'est peut-être même le projet le plus difficile de ma carrière, » reconnaît le chercheur. « D'un autre côté, et même si ces recherches sont un peu casse-gueule, cela fait des années que nous travaillons avec la souris et que nous jonglons avec toutes sortes de concepts dans l'espoir d'aboutir à quelque chose... »

Dans l'éventualité que les travaux de l'équipe du Dr Jolicoeur débouchent sur une nouvelle lignée de souris compatibles avec le virus, la disponibilité d'une animalerie de confinement P3 pour les loger est devenue indispensable. Le laboratoire a donc été rénové afin de pouvoir fournir, le cas échéant, le maximum de souris à tous les chercheurs de la planète. La superficie totale du laboratoire P3 de l'IRCM a été donc doublée pour y recevoir de nouveaux équipements : centrifuges, congélateurs, incubateurs, hottes et un autoclave pouvant stériliser les cages des souris infectées par le VIH. Il faut savoir que la dénomination P3 s'applique à un confinement biologique à pression négative où rien ne ressort avant d'être filtré et décontaminé. « Le jour où cela va fonctionner, la demande va vite devenir très importante, conclu Paul Jolicoeur. Car tous les gens qui cherchent à développer ou à tester des vaccins et des thérapies vont vouloir le faire avec des souris. Et cela pourrait donner plusieurs armes pour traquer et vaincre le VIH. »

Partenaires

L'Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) est un centre de recherche biomoléculaire et biomédicale de renommée internationale. Il se consacre à l'étude des causes de la maladie, au développement de nouveaux moyens diagnostiques et à la découverte d'approches préventives et thérapeutiques. Organisme à but non lucratif affilié à l'Université de Montréal, l'Institut regroupe 27 unités de recherche spécialisées, entre autres, dans les domaines de la chimie médicinale, la biologie moléculaire, la génomique fonctionnelle, la recherche clinique, le génie biomédical et la bioéthique. Près de 450 personnes y travaillent.

Le Réseau canadien pour l'élaboration de vaccins et d'immunothérapies (CANVAC) est le seul réseau canadien qui regroupe des partenaires des secteurs privé, public et institutionnel présents dans les domaines de la recherche et de l'élaboration de vaccins prophylactiques et d'immunothérapies axés sur le VIH, le cancer et l'hépatite C.

CANVAC est un Réseau de centres d'excellence.

Le Programme des RCE contribue à l'élaboration de partenariats efficaces entre le secteur privé, le secteur public et les universités. Les Réseaux de centres d'excellence qui sont financés par le Programme sont conçus dans le but d'améliorer la qualité de vie des Canadiens. Les trois organismes subventionnaires fédéraux collaborent au financement et à l'administration des activités du programme des RCE, soit les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG) et le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH). Industrie Canada participe également à la gestion du programme.