Pour le Canada, il est plus important que jamais d’investir dans les gens de talent en matière de recherche et d’innovation, surtout au moment où des économies émergentes et avancées à l’échelle du globe s’emploient à accroître leurs activités de recherche et d‘innovation.
Au Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG), notre vision consiste à aider à faire du Canada un pays de découvreurs et d’innovateurs. Créé par le Parlement afin de promouvoir la recherche, le CRSNG consacre 95 p. 100 de son budget annuel de 900 millions de dollars au développement des idées et du talent dont le Canada a besoin pour fonctionner comme pays moderne et technologiquement avancé. Nous appuyons la recherche dans un éventail croissant de domaines, de la nanotechnologie à la psychologie, en passant par les mathématiques, le génie chimique, la génétique moléculaire et l’écologie. Les résultats de la recherche financée par le CRSNG touchent pratiquement tous les aspects de la vie quotidienne des Canadiens. En outre, plus de 140 entreprises prospères sont issues de la recherche universitaire financée par le CRSNG. Ces entreprises ont créé près de 13 000 emplois et génèrent des recettes annuelles de plus de 3,5 milliards de dollars au Canada.
Presque tous les étudiants en sciences et en génie formés au Canada acquièrent des connaissances grâce à l’enseignement de professeurs d’université dont les travaux sont financés par le CRSNG. Bon nombre des meilleurs étudiants aux cycles supérieurs sont titulaires d’une bourse du CRSNG. Le CRSNG apporte une aide essentielle à 11 000 professeurs et à 23 000 étudiants en sciences et en génie afin qu’ils puissent poursuivre leurs travaux ; sans cette aide, il n’y aurait pas de découvertes ni d’innovation.
L’appui financier que nous donnons aux scientifiques et aux ingénieurs leur permet de se doter des outils pour rivaliser avec les meilleurs du monde. Ce groupe de scientifiques et d’ingénieurs constitue l’un des plus grands atouts du Canada — une source de nouvelles idées et le canal qui permet d’alimenter le pays en connaissances scientifiques du monde et de les exploiter au profit du Canada.
Le CRSNG joue également un rôle stratégique dans l’établissement de l’orientation de la recherche canadienne en incitant les entreprises, les gouvernements et les universités à cibler des domaines qui offrent des possibilités, à saisir ces possibilités et à établir des partenariats avec lui.
L’industrie canadienne, par exemple, en est venue à considérer le CRSNG comme un partenaire essentiel — un collaborateur clé pour assurer sa compétitivité et sa capacité d’innover. Chaque année, plus de 1 300 entreprises, notamment les trois quarts des 100 principales entreprises de R et D du pays, optimisent leurs investissements en recherche et ont accès aux talents universitaires par l’entremise des programmes de partenariats de recherche du CRSNG. Les investissements de ces entreprises totalisent maintenant plus de 190 millions de dollars par année. Les cadres supérieurs de ces entreprises affirment que les projets menés dans le cadre des programmes du CRSNG leur donnent un accès privilégié à un bassin d’employés potentiels de grand talent et permettent à leur entreprise de participer à des travaux de recherche à long terme.
Nouveaux horizons, nouveaux défis
Au cours de la dernière décennie, le Canada a grandement amélioré son environnement et sa capacité de recherche. Dans de nombreux domaines des sciences, de la technologie et de l’innovation, le Canada est réellement un joueur de calibre mondial. Cette réussite est le résultat d’une collaboration remarquable entre les gouvernements et les organismes qui occupent divers créneaux dans le champ de la R et D. Comme l’illustre l’article ci-joint au sujet du professeur Joerg Bohlmann, le succès des laboratoires de pointe d’aujourd’hui repose sur de nombreux partenaires et bailleurs de fonds. Plus tôt cette année, M. Bohlmann, l’un des jeunes scientifiques les plus prometteurs au Canada, a reçu une des prestigieuses Bourses commémoratives E.W.R Steacie du CRSNG. Il a quitté l’Allemagne pour joindre les rangs de l’University of British Columbia, en partie en raison du milieu de la recherche positif au Canada, et du système de financement de la recherche qu’il estime maintenant comme l’un des meilleurs au monde.
Le défi consiste maintenant à préserver et à renforcer ce que nous avons créé. Selon moi, cela se résume à trois éléments très importants.
Tout d’abord, nous devons bien planifier la relève au sein du milieu de la recherche. Nous devons être en mesure d’appuyer les nombreux nouveaux chercheurs embauchés dans les universités et nos étoiles montantes les plus brillantes. Et nous devons également inciter les nouvelles générations d’étudiants à envisager une carrière en sciences ou en génie.
Deuxièmement, nous devons coordonner nos efforts et nos ressources afin d’appuyer les initiatives multidisciplinaires et multisectorielles qui revêtent une importance stratégique pour notre pays.
Enfin, et plus important encore, nous devons affronter la concurrence en étant les premiers à lancer nos idées sur le marché. Nous devons travailler de concert avec nos partenaires afin d’exploiter au profit du Canada la vague phénoménale de créativité qui déferle depuis les dix dernières années.
L’enjeu est considérable. Notre avenir dépend de notre capacité de nous mobiliser pour préparer les citoyens canadiens à produire des connaissances et à les mettre à profit. L’époque où les pays pouvaient prospérer en comptant seulement sur leurs ressources naturelles est révolue. Ce sont maintenant les idées et leur application créative qui sont la clé du succès.
Investissements
En touchant du doigt la résine collante sur l’écorce d’un conifère, vous pourriez bien intercepter un dialogue sur les mécanismes de défense contre les insectes ravageurs ou la maladie. Joerg Bohlmann et son groupe de recherche ont commencé à décrypter le langage biochimique de l’interaction des conifères et des insectes. Ils sont à l’affût d’un échange d’information qui pourrait être crucial pour mettre au point des solutions scientifiques novatrices en vue de prévenir les effets dévastateurs des insectes ravageurs, comme le dendroctone du pin ponderosa, qui s’attaquent aux forêts canadiennes.
Le chercheur de l’University of British Columbia a consacré les cinq dernières années à l’étude des défenses moléculaires utilisées par les conifères contre ces menaces. Leur réaction consiste souvent à produire des terpénoïdes, soit des composés acides d’hydrocarbures et de résine contenus dans les huiles essentielles produites par de nombreuses plantes, y compris la résine sécrétée par les conifères.
Par exemple, lorsque le dendroctone essaie de pondre des œufs, d’où émergent des larves qui finiront par percer l’intégrité vitale de l’écorce d’un conifère, l’arbre amorce parfois une défense. Il produit dans ses sécrétions des composés volatils qui agissent à titre de répulsif pour l’insecte, d’attractif pour ses ennemis naturels ou de précurseur pour un regroupement massif de dendroctones. M. Bohlmann étudie les gènes et les enzymes qui génèrent ces composés, en quelque sorte un signal d’alarme pour déclencher une attaque de dendroctones.
« Ce mécanisme va au-delà d’un langage complexe », souligne-t-il en précisant que les grosses plantes ligneuses ont développé des systèmes de défense et de communication chimiques perfectionnés pour lutter contre les nombreux fléaux susceptibles de se présenter au cours des siècles en un même lieu. « Les conifères peuvent produire des centaines de formes de produits chimiques et ils ont recours à des voies biochimiques très complexes pour y parvenir. C’est l’axe de notre recherche — comprendre d’un point de vue très fondamental les mécanismes de biochimie et de génétique moléculaire qui régissent le langage chimique de défense des conifères, jusqu’aux gènes qui l’encodent. »
Ses travaux ont jeté les bases de la première initiative canadienne à grande échelle consacrée à la génomique forestière, intitulée « Treenomix », et d’un nouveau programme de génomique appliquée à la santé des forêts de conifères mettant l’accent sur la défense et la résistance des conifères face aux insectes ravageurs. Une initiative connexe a franchi une étape importante il y a deux ans, lorsque M. Bohlmann et d’autres chercheurs principaux ont fait équipe avec leurs homologues américains et suédois pour décrypter le génome du peuplier.
Les chercheurs ont misé sur ce succès, et l’activité dictée à l’origine par la curiosité a donné naissance à une initiative ayant des répercussions beaucoup plus vastes. « Notre programme de recherche pourrait avoir d’énormes retombées sur le plan économique, social et environnemental en favorisant la viabilité à long terme des forêts canadiennes », a déclaré Joerg Bohlmann.
À titre de boursier Steacie du CRSNG de 2006 (six Bourses Steacie ont été accordées cette année), M. Bohlmann compte bien exploiter ces possibilités. Plus précisément, il souhaite mettre à profit des connaissances en génomique pour aider à contrôler ou contrer les attaques d’insectes comme le dendroctone du pin ponderosa, qui infeste à l’heure actuelle plus de 15 millions d’hectares de pin tordu en Colombie-Britannique et qui s’apprête à envahir l’Alberta. La recherche en génomique sur la santé des forêts de conifères peut avoir les mêmes retombées que les travaux analogues portant sur les maladies infectieuses qui frappent les humains.
« Nous ne comprenons guère les processus génomiques fondamentaux régissant les interactions biologiques complexes de ces dendroctones avec leurs arbres hôtes, ce qui limite grandement la capacité du gouvernement et de l’industrie à endiguer l’épidémie actuelle et les futures épidémies de dendroctone du pin ponderosa », précise-t-il.
En fait, il ajoute que les dendroctones eux-mêmes semblent capter des signaux moléculaires et chimiques et choisir les arbres qui ne sont pas génétiquement prédisposés à assurer une défense biochimique efficace.
C’est justement pourquoi M. Bohlmann travaille en étroite collaboration avec des entomologues et a l’intention de faire équipe avec des scientifiques de calibre mondial du Michael Smith Genome Sciences Centre, à Vancouver, pour analyser la composition génétique du dendroctone du pin ponderosa. En isolant les caractéristiques qui permettent à cet insecte de déterminer les points faibles de certains arbres et de transmettre cette information, il s’attend à ouvrir la voie à de nouvelles méthodes pour freiner sa propagation.
« C’est un peu comme si l’on désarmait un ennemi en détruisant son réseau de communication avant une offensive. Nous voulons tirer parti d’approches faisant appel à la génomique qui sont tout à fait nouvelles dans la répression des insectes ravageurs forestiers. Le but est de trouver des solutions sans danger pour l’environnement, afin de traiter à la source les maladies des arbres forestiers », a souligné M. Bohlmann.
Les travaux de recherche sont appuyés financièrement par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), par l’entremise de ses programmes de subventions à la découverte et de subventions de projets stratégiques ainsi que de ses programmes de bourses d’études et de bourses postdoctorales, par la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI), le British Columbia Knowledge and Development Funds (BCKDF), Génome Canada, Genome BC, le gouvernement de la Colombie-Britannique et d’autres sources.
L’équipe de recherche utilise de l’espace de laboratoire dans les nouveaux Michael Smith Laboratories, adjacents au National Centre of Excellence (NCE), et dans le Forest Sciences Centre — et a accès à des appareils et à des installations modernes utilisés dans les domaines de la génomique, du profilage de l’expression des gènes sur micropuces, de la préparation d’échantillons pour l’analyse protéomique, de la biologie moléculaire des végétaux, de la biochimie enzymatique et de l’analytique. De concert avec M. Hennie van Vuuren, du Wine Research Centre à l’University of British Columbia, l’équipe de recherche a mis en place un laboratoire de spectrométrie de masse pour l’analyse de petites molécules (par exemple les métabolites secondaires de plantes, les composés qui émettent des signaux) doté de nouveaux appareils, soit un chromatographe en phase gazeuse couplé à un spectromètre de masse (CG/SM), un chromatographe en phase gazeuse et détecteur à ionisation de flamme (CPG-DIF), un radiospectromètre de masse et un appareil de couplage entre la chromatographie liquide et la spectrométrie de masse (CL/SM).






