En tant que Canadiens, nous sommes à écrire le quatrième chapitre de l’histoire d’une société au succès remarquable. On y parle d’un pays aux humbles origines qui occupe aujourd’hui une place de premier plan dans le monde grâce à des investissements publics en faveur du talent et de la connaissance. Le dénouement de ce chapitre reste un mystère. Le Canada demeurera-t-il une société de réussite dans les décennies à venir ?
Les Canadiens ont écrit le premier chapitre de leur histoire au XIXe siècle. À cette époque, ils ont établi des écoles publiques, financées à partir des recettes fiscales, et ont ainsi favorisé la création d’une société civile dynamique dans une économie rurale.
Au deuxième chapitre, les universités publiques ont vu le jour, permettant au Canada de passer avec succès à une société industrielle urbaine au milieu du XXe siècle.
Au troisième chapitre, les Canadiens ont commencé à se doter d’une importante communauté de chercheurs, qui a contribué à la création d’une société civile de pointe « typiquement canadienne », prête à relever les défis du monde postindustriel de la fin du XXe siècle.
Chacun de ces chapitres est ponctué d’échecs et de réussites. Dans l’ensemble, toutefois, l’augmentation soutenue de l’investissement public dans la promotion du talent et de la connaissance explique pourquoi l’histoire du Canada demeure l’une des plus remarquables des deux derniers siècles.
Le quatrième chapitre a bien débuté. Au cours de la dernière décennie, le gouvernement fédéral a largement investi dans la recherche, aidant du coup les Canadiens à s’attaquer aux nouvelles questions du début du XXIe siècle. Comment le Canada peut-il prospérer dans une économie mondiale axée sur le savoir ? Comment peut-il relever les défis sociaux, culturels et politiques des nouvelles technologies, des nouveaux débats éthiques et des nouvelles réalités familiales et professionnelles ? Quel rôle devrait-il jouer sur la scène mondiale ? La complexité de ces questions illustre à quel point le monde change rapidement et à quel point il serait téméraire de se fier à ce qui a été fait dans les dernières décennies.
Si le passé est garant de l’avenir, il n’est pas surprenant que les Canadiens renouvellent et modifient avec ingéniosité leur engagement à cultiver le talent et la connaissance. Rien n’illustre mieux cet engagement que le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH), organisme fédéral créé en 1977 dans le but de mieux comprendre la nature humaine — les personnes, les collectivités et les sociétés du passé et du présent — afin de bâtir un avenir meilleur.
Le CRSH apporte une contribution utile au quatrième chapitre de l’histoire du Canada en appliquant les connaissances actuelles ou nouvellement acquises de manière à rehausser le plus possible la qualité de vie des Canadiens. Orienté par un nouveau plan stratégique, le CRSH actualise et élargit ses programmes afin de resserrer les liens entre les chercheurs ainsi qu’entre le milieu universitaire et la société en général.
L’un des programmes du CRSH, déjà largement imité à l’étranger, soutient des dizaines de projets dans le cadre desquels les chercheurs et les collectivités locales unissent leurs efforts pour s’attaquer aux problèmes urgents qui viennent perturber le quotidien. Un autre permet à d’importantes équipes de recherche d’aborder des questions multidisciplinaires complexes. Un troisième favorise la participation des chercheurs canadiens à des travaux de recherche mondiaux abordant les grandes préoccupations communes à de nombreuses sociétés. Le plus récent programme du CRSH crée une masse critique de savoir-faire en mettant en relation des chercheurs de différents établissements pour constituer de fertiles réseaux de connaissances. Dans chaque cas, le résultat est beaucoup plus grand que la somme de ses parties.
Ces programmes montrent comment le CRSH entreprend de nouvelles stratégies afin de promouvoir le talent et la connaissance dans un monde en constante évolution. Le CRSH favorise une « interdisciplinarité reposant sur l’expertise », ce qui signifie que la véritable recherche interdisciplinaire exige que les chercheurs approfondissent leur savoir-faire, mais toujours dans le contexte d’une plus vaste connaissance humaine.
Voilà pourquoi le CRSH s’intéresse aux questions complexes qui transcendent le champ d’intérêt d’un expert ou d’une discipline. Le soutien accordé par la Fondation canadienne pour l’innovation, qui s’occupe de créer des bases de données de recherche en sciences humaines, complète admirablement cette stratégie plus générale. En outre, le Programme des chaires de recherche du Canada attire et engage les penseurs les plus créatifs du monde, c’est-à-dire ceux qui examinent les questions sous différents angles et au moyen de multiples méthodes.
À mesure que nous écrivons ce quatrième chapitre, de profonds changements s’observent aussi dans la manière dont nous cultivons le talent, par exemple, en rejetant la dichotomie enseignement-recherche. Nous ne considérons plus le diplômé compétent comme quelqu’un qui s’est imprégné d’un ensemble de connaissances, mais plutôt comme une personne qui a appris à enrichir la connaissance. C’est pourquoi le CRSH encourage plus que jamais les étudiants à participer à la recherche, comme boursiers et comme adjoints à la recherche.
Les nouvelles stratégies conçues pour assurer l’avancement de la connaissance admettent de plus en plus l’importance de la dimension humaine dans le traitement de sujets auparavant considérés comme étant du domaine de la technologie et des sciences « dures » — le monde des machines et des molécules. De plus en plus, l’attention est tournée vers la nécessité d’inclure la dimension humaine. Si la recherche doit améliorer notre qualité de vie et assurer notre prospérité dans un environnement mondial concurrentiel, les sciences humaines ont un rôle central à jouer dans les politiques liées aux sciences et à la technologie du Canada. C’est pourquoi le CRSH collabore aussi avec le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, les Instituts de recherche en santé du Canada et la Fondation canadienne pour l’innovation afin d’encourager les projets de recherche novateurs et ainsi tenir compte à la fois du point de vue des experts et des besoins de la société canadienne.
Un jour, nos enfants et nos petits-enfants examineront les efforts que nous avons déployés pour renouveler et accroître les investissements effectués depuis longtemps par le Canada dans la connaissance et le talent à titre de biens publics. Nous devons nous assurer qu’ils reconnaissent que le CRSH a contribué à écrire une fin heureuse au quatrième chapitre de l’histoire du Canada en tant que société de réussite.
Certes, une meilleure compréhension de la façon dont nous pouvons partager cette planète n’est pas gage d’un avenir paisible et prospère. Mais qu’y a-t-il de plus prometteur ?
Investissements
La terreur, la mode, le vieillissement et les avantages du savoir.
Le 10 septembre 2001 fut un jour excitant pour les experts canadiens. C’était un lundi, et la majorité d’entre eux entamait une nouvelle année universitaire, avec toute la préparation et l’appréhension que cela comporte. La situation n’était pas différente pour les chercheurs qui peinaient dans les champs obscurs des études islamiques et arabes : la plupart d’entre eux pensaient probablement que ce lundi serait le jour le plus exigeant de la semaine.
Ils changèrent d’avis le mardi suivant.
Et le mercredi, ils ont pris conscience que le monde avait changé, que les citoyens et les dirigeants des nations occidentales connaissaient très mal leurs « obscures » spécialités ; ces experts sont soudainement devenus fort convoités.
À l’instar de la recherche en sciences physiques, il n’est pas toujours évident de justifier la nécessité de la recherche en sciences humaines. Le meilleur argument est si simple qu’il peut facilement être pris à la légère : « le savoir est bénéfique ». Voilà un énoncé qu’on peut difficilement nier, mais qui semble moins convaincant lorsque vient le moment de demander du financement.
Cependant, le 10 septembre 2001, qui aurait cru que les connaissances spécialisées sur l’histoire des califes ou sur les adeptes du wahhabisme allaient à ce point être nécessaires ?
Voici des exemples de la recherche financée par le CRSH.
Les attentats à la bombe selon Michael Levi
Michael Levi étudie le genre d’intrigue que l’on retrouve au cinéma — et donne des cauchemars aux spécialistes en sécurité. « Imaginons qu’un groupe terroriste décide de fabriquer une bombe nucléaire et de la faire exploser, propose le chercheur. Comment s’y prendrait-il exactement ? Comment pourrions-nous l’arrêter ? »
La solution la plus évidente : mettre les composants nécessaires sous clé, puisque, sans eux, les terroristes ne parviendraient pas à fabriquer une bombe. Toutefois, même s’il admet qu’il s’agit là d’une stratégie efficace, M. Levi — physicien qui poursuit actuellement des études de doctorat sur la guerre au King’s College à London — met l’accent sur ce que nous pourrions faire si le groupe terroriste arrivait malgré tout à se procurer le matériel requis. Par exemple, il se sert de ce que nous savons sur la vente illicite de drogue pour illustrer la transaction possible entre des criminels qui auraient volé ce matériel et des terroristes qui voudraient fabriquer une bombe.
« Que nous le voulions ou non, nous devons penser à ce qui arrivera quand l’alarme sonnera. »
Michael Levi est récipiendaire de la Bourse William E. Taylor accordée par le CRSH au meilleur candidat à la bourse de doctorat de 2005.
La mode intelligente selon Joanna Berzowska
Dans le monde de Joanna Berzowska, l’expression changer de vêtements prend un tout nouveau sens. Professeure au Department of Design and Computational Arts de l'Université Concordia, elle est une pionnière du « prêt-à-porter électronique », puisqu’elle a mis au point des techniques qui permettent de créer des vêtements à l’aide de « tissus intelligents » et de « cartes de circuits imprimés souples ».
Ses créations sont liées à la mode, à l’art et à la technologie de pointe : des « robes cinétiques » qui rallongent ou raccourcissent d’elles-mêmes ; des vêtements dont la « mémoire » permet de savoir où et quand ils ont été touchés ; une « chemise intime » faite de diodes électroluminescentes en forme de fleur qui s’activent au son de quelques mots chuchotés à l’oreille de la personne qui la porte.
Il s’agit souvent d’un travail de pointe au sens propre. Les matériaux eux-mêmes ne sont pas vraiment traditionnels. Par exemple, un des fils qu’elle utilise a été conçu pour protéger les engins spatiaux contre les radiations électromagnétiques. Ce qu’elle en fait toutefois ne date pas d’hier : filage, tissage, impression de motifs, coupe et couture.
Sans oublier le blanchissage. On n’y échappe pas, même les vêtements « intelligents » finissent dans la buanderie !
La recherche de Joanna Berzowska a été financée par le Programme des subventions de recherche-création en arts et lettres du CRSH.
Le bilan du pouvoir gris selon Janet Fast
Les personnes âgées représentent aujourd’hui 12 p. 100 de la population du Canada. Grâce aux progrès médicaux et technologiques, ce pourcentage aura doublé d’ici 40 ans. « Étant donné la montée en flèche des frais hospitaliers, la population s’inquiète du coût des soins prodigués aux personnes âgées. Cependant, puisque la responsabilité des soins de santé incombe de plus en plus aux parents et aux amis des malades, nous devons examiner le fardeau financier que ces derniers doivent assumer », déclare Janet Fast, professeure en écologie humaine de l’University of Alberta.
Bon nombre de personnes qui prodiguent des soins à un être cher accusent une perte de salaire ou doivent abandonner leur emploi. De plus, le fardeau émotionnel et physique qu’elles assument les oblige souvent à recevoir elles-mêmes des soins. Cependant, en plus de révéler les coûts cachés associés au vieillissement, la recherche de Mme Fast met aussi en lumière les contributions « invisibles » que les personnes âgées apportent à leur famille et à leur collectivité. « Les personnes âgées sont souvent perçues comme des personnes qui utilisent des ressources, sans en produire. Or, elles peuvent être de formidables ressources, puisqu’elles ont le pouvoir et la volonté de fournir des connaissances pratiques et des conseils spirituels. »
Composée de chercheurs du Canada, des États-Unis, de la Grande-Bretagne, des Pays-Bas et de l’Australie, l’équipe de Mme Fast a une occasion formidable d’améliorer le soutien offert aux personnes âgées et à ceux et celles qui en prennent soin.
« Le vieillissement de la population n’a pas encore atteint son point culminant au Canada. Il est encore temps de tirer des leçons des pays où c’est actuellement le cas. »
La recherche de Janet Fast est financée par le programme des Grands travaux de recherche concertée du CRSH.
Pour en savoir plus sur le Conseil de recherches en sciences humaines.






