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Chaires de recherche du Canada

Créer un impact
Le 15 janvier 2006

Depuis sa création il y a six ans, le Programme des chaires de recherche du Canada contribue grandement à maintenir la réputation internationale du Canada dans le domaine de la recherche universitaire. Certains des penseurs les plus doués et les plus prometteurs ont choisi le Canada, sont revenus au pays après quelque temps d’absence ou ont eu la chance de pousser leur recherche encore plus loin grâce à l’une des prestigieuses chaires de recherche du Canada.

On compte actuellement plus de 1 600 chaires ; elles attirent les chercheurs les plus brillants, qui s’emploient à relever une variété stupéfiante de défis dans le domaine des sciences de la santé, des sciences naturelles et du génie et des sciences humaines. Le Programme a été copié par de nombreux pays, du Portugal à l’Afrique du Sud. Étant donné les nombreuses réussites obtenues grâce au Programme, je ne pourrais, en un seul article, réussir à y rendre justice. J’ai donc confié cette tâche au titulaire d’une chaire de recherche du Canada, qui a une histoire originale et inspirante à raconter. Son message est clair : la recherche contribue à améliorer la qualité de vie au Canada et dans le monde.

Entendre, c’est croire

Par Richard C. Seewald, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’audition chez l’enfant, University of Western Ontario

Aux yeux de certains, notre réussite tient probablement du miracle. Pour nous, c’est certainement un événement à célébrer, mais je mentirais si je disais que nous avons été surpris des résultats : nous savions qu’un jour nos années de travail porteraient leurs fruits.

Je parle du jour où nous avons accompli ce que bon nombre de personnes considéraient comme impossible : permettre à des bébés malentendants d’entendre la voix de leurs parents. En principe, la solution était assez simple : il suffisait de concevoir un appareil auditif adapté aux bébés. Mais dans la pratique, c’était une autre histoire. Les oreilles varient sensiblement d’un bébé à l’autre. Et même si, avec un peu de chance, nous parvenions à mettre au point un appareil auditif parfaitement adapté, comment savoir si le son est assez fort, mais pas trop pour éviter de causer d’autres dommages ? Un enfant de six mois ne peut vous le confirmer avec précision. La seule façon d’y parvenir était d’examiner le problème étape par étape, un travail d’une décennie combinant les mathématiques, la biologie, la neuroscience, l’informatique, la science de la parole et même la psychologie de l’enfant. Finalement, non seulement avons-nous permis à des bébés d’entendre le son de la voix, mais nous leur avons aussi donné une vie plus satisfaisante. Les bébés dont les appareils auditifs sont mal adaptés présentent un ralentissement de l’apprentissage verbal, qui s’accompagne d’habiletés cognitives et sociales déficientes ; il faut souvent toute une vie pour arriver à combler ces déficits.

Si je raconte cette histoire, ce n’est pas pour me faire gloire, mais plutôt parce qu’elle en dit long sur l’évolution de la recherche moderne ; elle indique à quel point la recherche a changé et pourquoi le Programme des chaires de recherche du Canada est nécessaire pour tenir compte de cette nouvelle réalité.

Mon problème était complexe. C’est cliché, me direz-vous. Tout semble compliqué de nos jours, mais nous avons tendance à oublier ce que cette complexité signifie. En tout premier lieu, cela annonce que nous sommes à court de solutions faciles. Maintenant que nous avons conçu les avions, les antibiotiques et les micro-ordinateurs et que règne, à certains endroits du moins, une relative harmonie, la plupart des problèmes qui demeurent sont assurément très difficiles à résoudre.

Le Programme des chaires de recherche du Canada reconnaît qu’un an ne suffit pas pour examiner dans le détail bon nombre de problèmes qui se posent aujourd’hui — et encore moins pour les résoudre. C’est un travail qui peut exiger cinq ans, voire dix. Nous pouvons espérer qu’il en sera autrement, et c’est ce que je souhaite également. J’aurais aussi voulu que le Programme existe au milieu des années 1980, lorsque j’ai entrepris ce travail. Ainsi, j’aurais pu concentrer mes efforts dès le départ. Certes, j’ai reçu une généreuse contribution de la part du gouvernement et d’autres organismes de financement, et je leur en suis reconnaissant. Toutefois, ce n’est qu’après avoir obtenu la Chaire de recherche du Canada sur l’audition chez l’enfant que j’ai pu donner de l’élan à la recherche, l’innovation et la commercialisation.

Mon histoire n’est pas unique : nous sommes nombreux à avoir connu une brillante réussite. D’ici à 2008, le Canada comptera 2 000 chaires de recherche mises en place pour trouver des solutions aux problèmes les plus complexes. Il s’agit d’un investissement de 300 millions de dollars par année, qui générera des milliards de dollars en retombées : des solutions de rechange novatrices aux coûteux traitements médicaux, une formation de calibre mondial offerte aux étudiants, des solutions factuelles aux problèmes sociaux et, bien sûr, les nombreuses retombées commerciales, la rançon d’un pays de titulaires de brevet. En outre, comme des titulaires de chaire sont présents dans chaque université canadienne ou presque, les étudiants de toutes les collectivités, quelle qu’en soit la taille, peuvent demeurer au Canada et côtoyer les plus brillants penseurs du monde.

Mais surtout, le Programme des chaires de recherche du Canada permet aux Canadiens d’être les premiers à profiter de ses bienfaits dans le monde réel. Dans le cas de ma recherche, cela signifie que, peu de temps après leur naissance, tous les bébés de l’Ontario subissent maintenant des examens auditifs et que d’autres provinces envisagent de mettre en œuvre un programme semblable. L’empressement des autres provinces à emboîter le pas montre que les problèmes ne subsistent pas longtemps lorsqu’il existe des ressources suffisantes pour trouver une solution. En plus du soutien que me procure le Programme des chaires de recherche du Canada, la Fondation canadienne pour l’innovation a aussi reconnu que la science de pointe exige du matériel de pointe. En partenariat avec le Programme des chaires de recherche du Canada, la Fondation éponge les coûts de l’infrastructure dont j’ai besoin pour mener à bien ma recherche.

Mon projet de mettre au point des appareils auditifs adaptés aux enfants est parti d’une idée toute simple : attendre que les bébés soient en âge de porter des appareils auditifs pour adultes ne m’apparaissait pas une solution satisfaisante. Entre-temps, ces enfants prennent du retard dans de nombreux aspects de leur développement, des années qui ne pourront probablement jamais être rattrapées.

Il en va de même de la recherche actuelle : non seulement son développement est-il cumulatif, mais la recherche a besoin de toutes ses facultés pour s’épanouir pleinement. Cela signifie qu’il ne faut négliger aucune discipline, et c’est exactement ce que fait le Programme des chaires de recherche du Canada.

Pour certains, cette histoire peut sembler moins magique que le fameux moment où, eurêka !, une pomme est tombée sur la tête de Newton. Quant à moi, je suis encore plus émerveillé lorsque je constate que même les problèmes les plus complexes peuvent être résolus. S’il faut une décennie pour trouver la solution, qu’il en soit ainsi. Ce sont peut-être sur ces problèmes de recherche que nous devons nous attarder ; de fait, en découvrant la solution — par exemple, en permettant aux bébés malentendants d’entendre le son de la voix et ainsi de grandir et de devenir d’éminents citoyens — nous améliorons en définitive la vie de nos familles, de nos collectivités et de notre pays.

Investissements

Imaginez une liste de tâches qui ressemblerait à celle-ci :

  1. Trouver comment gérer le stress au travail.
  2. Construire des robots-enseignants.
  3. Réduire le risque de cancer du sein.

Voilà une liste de priorités pour le moins hétéroclite, ce qui n’est pas nécessairement mauvais : elle est en quelque sorte le reflet de la réalité d’aujourd’hui, où chaque jour apporte son lot de problèmes à régler — d’ordre économique, écologique, médical, social et mental. Loin d’être une liste de souhaits, elle comporte néanmoins trois sujets d’étude financés par le Programme des chaires de recherche du Canada, avec la participation de la Fondation canadienne pour l’innovation. Les histoires qui suivent ne représentent que trois des centaines de découvertes réalisées au cours des six dernières années ; ce nouveau savoir est utilisé chaque jour par le gouvernement, les entreprises et les Canadiens en général.

Chaire de recherche du Canada sur la santé et le bien-être au travail
Acadia University

Au départ, les infirmières que Michael Leiter étudiait semblaient très similaires : elles travaillaient toutes 60 heures par semaine à prodiguer des soins à des personnes gravement malades et devaient accomplir une quantité de tâches quotidiennes qu’on peut difficilement imaginer. Or, certaines étaient sur le point de craquer, tandis que d’autres ne montraient aucun signe d’épuisement professionnel.

La différence ? Les unes avaient réussi à organiser leurs responsabilités ; les autres tentaient d’éteindre les feux. Grâce à ses nombreuses études, M. Leiter a découvert que le simple fait de pouvoir gérer son propre travail était, dans bien des cas, la solution miracle pour combattre le stress.

Trouver une telle panacée n’est pas une mince affaire : le stress et l’épuisement professionnel absorbent des milliards de dollars chaque année. Bien entendu, une plus grande liberté d’action ne signifie pas d’accorder au caissier d’une banque le même pouvoir qu’à ses hauts dirigeants. « Nous constatons souvent que les employés n’utilisent pas toute la latitude qui leur est laissée, affirme M. Leiter. Par exemple, au lieu de réagir dès qu’un nouveau dossier atterrit sur votre bureau, essayez d’établir un ordre de priorité et de répartir votre travail sur une période d’une semaine. »

Voilà qui semble simple, mais bon nombre de personnes ne sont pas prêtes à consentir à cet effort, croyant que le jeu n’en vaut pas la chandelle. Or, le travail de M. Leiter prouve qu’il s’agit là du meilleur antidote au stress, tant pour les employeurs que pour les employés. « Structurer son propre travail est à la portée de tous, affirme-t-il. Il suffit d’être créatif et d’avoir un brin de courage. »

Chaire de recherche du Canada sur la robotique mobile
Université de Sherbrooke

Il peut sembler étonnant qu’une personne préfère un robot à une personne ; c’est pourtant le cas des enfants que François Michaud a observés. Le fait que les robots ressemblaient à des personnages de bande dessinée et à des animaux en peluche y est certainement pour quelque chose. Toutefois, ce qui a vraiment fasciné les enfants, c’est la façon dont les robots interagissaient avec eux. Si l’enfant réalisait avec succès une simple tâche de communication, le robot dansait et jouait de la musique. S’il échouait, le robot l’encourageait.

En aidant des enfants autistes à communiquer, les robots accomplissent ce que les humains peuvent faire — mais plus rapidement. Cependant, ce n’est là qu’une des applications du travail de M. Michaud. Celui-ci conçoit des robots qui peuvent voir, entendre et comprendre le monde qui les entoure — et réagir de façon appropriée au comportement humain.

« Nos robots s’adaptent à leur environnement, explique M. Michaud. Devant un événement imprévu, comme une porte qui s’ouvre soudainement, ils peuvent analyser chaque option et faire le meilleur choix. Une telle capacité leur permet de fonctionner en complète autonomie. »

Cette faculté d’adaptation autorise aussi des applications quasi illimitées. En plus de perfectionner ses robots éducatifs, M. Michaud est à concevoir des systèmes encore plus sophistiqués qui agiront comme intermédiaire entre les patients à domicile et les fournisseurs de soins de santé. Grâce à cette technique, il sera possible d’exercer une surveillance médicale comparable à celle assurée en milieu hospitalier, mais sans avoir à assumer les coûts traditionnels.

Chaire de recherche du Canada sur l’activité physique et le cancer
University of Alberta

On pourrait penser qu’au terme d’un traitement de chimiothérapie, le mieux est de garder le lit, et non de s’adonner à la course à pied. Or, en examinant les effets de l’exercice physique sur les personnes atteintes du cancer à différentes étapes — de la prévention à la survie à long terme, en passant par le traitement — Kerry Courneya a découvert que c’est plutôt l’inverse qui est conseillé.

« Pour diverses raisons, l’exercice est bénéfique à différents stades de la maladie, déclare M. Courneya. Même s’il est difficile de s’adonner à l’exercice pendant le traitement d’un cancer, bon nombre de personnes peuvent y arriver si elles reçoivent un soutien et des conseils appropriés. L’exercice aide l’organisme à lutter contre les effets indésirables du traitement et à prévenir l’anxiété et la dépression. »

M. Courneya a découvert que l’exercice aide de maintes façons à renforcer le système immunitaire et est donc un bon remède pour prévenir le cancer ou demeurer en rémission. Chez les femmes, il réduit aussi le taux d’œstrogène, ce qui les protège non seulement contre le cancer du sein, mais aussi contre le cancer du colon et de l’endomètre.

« Une heure de course à pied par semaine ou plusieurs heures d’exercice modéré, comme la marche, peuvent diminuer considérablement le risque de cancer », affirme-t-il.

Ainsi, le travail de M. Courneya montre qu’aucune question de recherche ne peut être écartée, même si la réponse semble parfois évidente. Bien que garder le lit puisse être indiqué pour combattre une grippe, nous savons maintenant qu’il existe un meilleur remède pour les patients atteints du cancer — ou pour les personnes qui y survivent.