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Atterrir en douceur... par accident

Poussé par sa passion, Aaron Coret invente un coussin de sécurité pour les apprentis acrobates des neiges
Le 11 février 2010

En février 2005, Aaron Coret est étudiant en troisième année de génie à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC). Passionné de planche à neige, il ambitionne d’en vivre un jour, mais son rêve tourne court. Un grave accident sur les pentes de Whistler Blackcomb, où sont aménagés de gigantesques tremplins de saut, le laisse quadriplégique.

Sur son lit d’hôpital, où il a tout le temps de repenser sa vie, il se découvre une nouvelle passion : rendre sécuritaire le sport qu’il aime tant. Avec l’aide de son compagnon planchiste Stephen Slen, il met au point le Landing Pad, un énorme coussin gonflable destiné à amortir les vilaines chutes dans les parcs de planche à neige. Les deux amis cherchent déjà à commercialiser leur invention.

« Nous voulons changer la façon d’apprendre les trucs du sport, dit Aaron qui, à 24 ans,  se déplace en fauteuil motorisé. Il n’y a pas de normes actuellement. C’est un laisser-aller complet. Les jeunes essaient tous les trucs qu’ils voient dans les films sans se soucier de leur sécurité. »

Au moment de son accident, Aaron est inscrit au programme de génie intégré, où les étudiants conçoivent, construisent et testent des prototypes dans différentes disciplines.

Sorti de l’hôpital, il s’attaque à son Landing Pad comme projet de cours. Il veut créer un dispositif de sécurité qui imite la piste de réception d’un vrai tremplin, de sorte que les planchistes puissent apprendre leurs figures en toute sécurité avant de les exécuter en conditions réelles, avec réception sur une surface habituellement durcie, voire glacée.

Après deux prototypes, nos inventeurs achèvent leur modèle final en 2008. Il s’agit essentiellement d’un coussin géant qui s’étire depuis l’envol du tremplin jusqu’au bas de la piste de réception, s’amenuisant graduellement jusqu’au niveau de la neige tout en bas. Deux ventilateurs gonflent continuellement le coussin, qui fait 1,2 m de haut, 15 m de large et 27 m de long. Lorsque le planchiste atterrit, l’air se comprime et amortit l’impact.

Trois étés de suite, de 2007 à 2009, Aaron et Stephen améliorent leur coussin en le testant au glacier Blackcomb de Whistler.  Le Landing Pad fait ses débuts au lac Louise, en Alberta, en mai 2009, attirant plus de 300 skieurs et planchistes durant un week-end normalement tranquille.

« J’ai atterri tête première à quelques reprises et c’était assez mou, raconte Jake Cohn, étudiant en sciences de l’environnement à UBC et fervent skieur, qui a fait l’essai du coussin au lac Louise et à Blackcomb. C’est un peu comme une glissade Slip ’n Slide. J’ai roulé et glissé jusqu’au bout avant de retomber sur mes skis. » Par contre, atterrir sur les pieds, « c’était comme se poser dans la poudreuse épaisse, dit-il. C’est très proche de la réalité. J’ai pratiqué mon double saut périlleux avant sur le Landing Pad et quand je l’ai essayé pour de vrai dans le parc, j’ai réussi du premier coup. »

Aaron espère maintenant amener partout cet apprentissage sans danger. La société qu’il a fondée avec Stephen, Katal Innovations Inc., calcule ses prix et prévoit de vendre son invention aux parcs de planche à neige, avec une version plus petite adaptée aux demi-lunes et aux tremplins moins élevés, ainsi qu’un modèle hors-neige. Elle aimerait aussi louer son équipement et offrir un « forfait sécurité » comprenant notamment la formation des employés, une signalisation éducative et des présentations vidéo.

Avec l’intérêt que suscite son invention dans le monde entier, Aaron est en voie d’atteindre son but. « Le Landing Pad, c’est ma reconnaissance envers un sport que j’adore. »