Parcourir une ferme laitière pour recueillir des échantillons de fumier n’est pas ce qu’on peut appeler un travail très glorieux, mais l’odorante corvée, en plus d’avoir une incidence sur la santé des troupeaux laitiers au Canada atlantique, pourrait faire économiser des millions de dollars chaque année à l’industrie laitière.
Les techniciens du Collège vétérinaire de l’Atlantique de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard (UPEI) ont commencé à prélever ces échantillons au printemps dernier dans le cadre d’une nouvelle étude visant à comprendre et à éliminer une maladie insidieuse touchant les troupeaux partout en Amérique du Nord – la paratuberculose ou maladie de Johne (prononcez yonès). Comme les vaches atteintes de la maladie ne présentent pas de signes cliniques évidents, la détection et le diagnostic sont difficiles à faire. Bien que généralement non mortelle, la maladie entraîne une baisse de la production laitière et, ultimement, une diminution du bénéfice net des entreprises agricoles.
Greg Keefe, professeur de gestion de la santé des bovins laitiers à l’UPEI, est responsable de l’Initiative de prévention de la paratuberculose de l’Atlantique (IPPA) qui fait appel à un arsenal de tests de pointe pour déceler la présence de la maladie dans les fermes laitières de la région. Le projet est financé par les quatre conseils des producteurs laitiers des provinces de l’Atlantique en partenariat avec les quatre Conseils du Programme canadien d’adaptation agricole du Canada atlantique et Innovation PEI. Les travaux sont soutenus par des investissements de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI).
La FCI a financé plusieurs appareils de dépistage du laboratoire de l’IPPA. Un système de culture en milieu liquide, que Keefe qualifie de « test par excellence », cultive les bactéries présentes dans les fèces des vaches pour découvrir des traces éventuelles de l’organisme responsable de la paratuberculose, un test qui prend entre sept à huit semaines. Cette technologie remplace le test RCP (réaction en chaîne de la polymérase), moins sensible, qui exige pratiquement deux fois plus de temps. Le RCP est dorénavant utilisé comme test de confirmation sur les isolats de bouillon. Deux autres systèmes de dépistage permettant de découvrir les anticorps dans le sang ou le lait ne sont pas aussi fiables, mais donnent des résultats dans les 48 heures. La possibilité d’avoir accès à un éventail de résultats provenant des quatre systèmes de dépistage, à différents stades, est cruciale pour le programme IPPA, indique le professeur. « Je crois que nous sommes le seul laboratoire au pays dont les quatre méthodes ont réussi le test de compétence de l’USDA. »
La maladie de Johne est contractée par les veaux peu après la naissance, mais le principal symptôme – un épaississement du tractus gastro-intestinal de la vache limitant sa capacité d’absorption des nutriments –, n’apparaît pas avant trois à cinq ans. Les animaux touchés perdent du poids et produisent moins de lait, entraînant une baisse de revenus pour le producteur, – environ 2 500 $ par année, par troupeau de 50 vaches, selon une étude canadienne de 2002. Au pays, avec un cheptel comptant un peu moins d’un million de vaches laitières, la perte totale pourrait être très élevée. Keefe estime qu’entre 25 à 40 pour cent de notre cheptel laitier est aujourd’hui infecté.
L’industrie laitière est également préoccupée par l’éventualité de restrictions sur les mouvements du bétail, comme ce fut le cas au cours de la dernière décennie dans le cas d’autres problèmes de santé animale. « Si nous n’adoptons pas, rapidement, des mesures pour circonscrire la paratuberculose, poursuit-il, d’autres pays pourraient dresser des barrières non tarifaires sur notre industrie laitière. »
Une fois la maladie détectée dans un troupeau après une culture préliminaire d’échantillons provenant de l’environnement, l’équipe de l’IPPA travaille de concert avec le producteur à l’adoption d’un plan de contrôle fondé sur des techniques de gestion du risque en vue de limiter la propagation de la maladie. Le professeur de l’UPEI indique que les visites vétérinaires constituent le fer de lance du programme. « C’est là que nous pourrons voir des améliorations dans la santé d’un troupeau, par cette communication face à face avec les exploitants agricoles. »
Après l’adoption réussie d’une stratégie de contrôle préliminaire, un troupeau devient admissible au financement pour tester chaque vache, individuellement, en vue d’améliorer la stratégie. Jusqu’à maintenant, environ 10 pour cent des 700 fermes laitières du Canada atlantique ont adhéré à l’IPPA. Keefe espère en mobiliser au moins 60 pour cent au cours des prochaines années. « Ce programme fait déjà figure de modèle de gestion de la maladie de Johne dans les autres régions. Nous recevons des appels de l’industrie laitière partout en Amérique du Nord nous demandant de l’information sur notre travail. »





