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À l'école de l'E. coli

Un nouveau vaccin contre l'E. coli chez le bétail pourrait protéger la nourriture et l'eau que nous consommons et, donc, sauver des vies
Le 31 mars 2010

Dans le film Outbreak (1995), un virus mortel venu de la forêt pluviale africaine se répandait en Californie, ce qui horrifiait la plupart des spectateurs. David M. Asper, lui, avait plutôt été fasciné par le personnage principal, un chercheur médical de l’armée interprété par Dustin Hoffman, qui menait l’enquête sur la propagation rapide du virus. « Quelques années plus tard, après avoir acquis de l’expérience dans le domaine scientifique, je me suis rendu compte des nombreuses erreurs que recelait le film. Mais à l’époque, je pensais que le héros avait le meilleur boulot du monde. »


Il n’est donc pas étonnant que le chercheur se soit spécialisé dans le combat contre les maladies infectieuses. Étudiant de deuxième cycle au centre VIDO–InterVac (Vaccine and Infectious Disease Organization–International Vaccine Centre) de l’Université de la Saskatchewan, Asper a récemment conçu un vaccin pour le bétail susceptible de protéger la nourriture et l’eau que nous consommons contre les E. coli producteurs de Shiga-toxines (STEC). Ces microbes peuvent mener au syndrome hémolytique et urémique, principale cause d’insuffisance rénale dans le monde. Les STEC sont également à l’origine des infections et décès survenus à Walkerton, en Ontario, en 2000, quand l’eau potable a été contaminée par le ruissellement des pâturages.


« Ce qu’il faut retenir c’est que ce vaccin est capable de contrôler ce colibacille chez le bétail en l’empêchant de s’attacher aux intestins, explique le chercheur. Du coup, les humains risquent moins d’être infectés. » L’administration du vaccin au bétail permettrait donc d’enrayer les STEC à la source et, ainsi, d’en réduire les effets sur l’environnement et sur les produits que nous consommons.


La découverte de David Asper s'inscrit dans la foulée des recherches novatrices entreprises par son superviseur Andrew Potter, directeur de VIDO–InterVac. Celles-ci ont mené à la création d’un vaccin pour le bétail contre la principale souche de STEC (0157) en Amérique du Nord. Le vaccin mis au point par Asper va plus loin en offrant une protection contre plusieurs autres souches, répandues en Europe et en Amérique du Sud. « Ce vaccin peut être utilisé sur d'autres continents, indique Asper. On n’aurait donc plus à créer un vaccin contre chaque sérotype [souche] de STEC. »


« Le travail de David sur l’E. coli O157 et ses “cousins” représente un avancement important de nos connaissances sur la façon dont ce groupe d’organismes colonise le bétail, explique Andrew Potter. De plus, il permet de suggérer des stratégies pour l’élaboration de méthodes d’intervention dans les fermes. » Potter estime que ces recherches vont mener à la création d’un vaccin pour le bétail qui assurera la protection contre les divers types de STEC. « Les conséquences vont se manifester non seulement sur le plan de la recherche, mais aussi du point de vue de l’élaboration d’un vaccin commercial. »


L’équipe de recherche s’apprête à effectuer une série de tests rigoureux du nouveau vaccin sur le bétail, un processus qui, selon Potter, pourrait prendre deux ans. Après cela, il faudra sans doute encore deux années supplémentaires pour breveter le vaccin et le commercialiser.


Pour David Asper, les retombées mondiales que pourrait avoir ce vaccin en matière d'économie et de santé confirment qu’il a fait le bon choix de carrière. « Il faut savoir que la science est un jeu de patience et de détermination, avec beaucoup de hauts et de bas. L’important est d’en apprécier tous les aspects. »